mercredi 29 juin 2011

Bride Stories 1

Asie centrale, 19ème siècle. Amir, 20 ans, du clan des Hargal, épouse Karluk, jeune garçon de 12 ans du clan voisin des Eyhon. Si ces derniers sont sédentarisés depuis plusieurs générations, la famille de la mariée pratique encore la transhumance estivale. Amir trouve très rapidement ses marques dans son nouvel environnement et est particulièrement appréciée par sa belle famille. Un peu sauvage, bonne archère, instinctive, forte, ingénue, sachant plein de choses sur la nature, la jeune femme se révèle être une vraie perle. Qui plus est, malgré un mariage forcé et une importante différence d’âge entre les époux, ces derniers deviennent naturellement complices. Mieux, au fil des mois, Amir va peu à peu tomber amoureuse de son mari. Mais une ombre plane sur le bonheur du couple : le clan des Hargal, considérant qu’ils se sont précipités en offrant Amir aux Eyhon, décide d’aller la récupérer…

Dans une courte postface, l’auteur résume parfaitement son ambition : « Dans ce manga, je vous raconterai l’histoire du conflit entre les clans Hargal et Eyhon en y insérant des descriptions de la vie quotidienne de l’époque ». Tout est dit ! Kaoru Mori aurait pu faire de ce titre une diatribe dénonçant le traitement réservé aux femmes dans cette région du Caucase à l’époque. Elle préfère se garder de tout jugement péremptoire pour s’attarder sur la description des petits riens du quotidien. Une existence simple entre chasse, cueillette, artisanat et respect des traditions. Elle s’attarde également sur l’importance de la transmission des savoir-faire, notamment à travers la fascination du benjamin de la famille pour le travail de l’ébéniste du village.

Le dessin est d’une qualité rarement vue dans un manga (du moins pour moi qui suis loin d’être une référence en la matière). Les costumes sont somptueusement détaillés, les visages d’une grande finesse et les décors naturels magnifiques. Les scènes d’extérieur, où le mouvement domine, sont par ailleurs d’une grande fluidité.

Une mangaka qui prend son temps pour raconter une histoire toute simple, c’est agréable et ça ne se voit pas souvent (à part le grand Taniguchi, bien sûr !). Avec un dessin qui tient de l’orfèvrerie et une intrigue tout en délicatesse qui n’occulte pas la rudesse de l’environnement et le poids des traditions, Bride Stories propose de découvrir de façon quasi documentaire le mode de vie des tribus du Caucase au 19ème siècle. Un vrai délice !

Bride Stories T1 de Kaoru Mori, Éditions Ki-oon, 2011. 182 pages. 7.50 euros.



Le top BD de Yaneck


La Bd du mercredi, c'est chez Mango


Le challenge Palsèche de Mo'

Le challenge Women's BD de Théoma

La quinzaine nippone de Choco

Fauve : Prix inter-génération 2012

lundi 27 juin 2011

Les vacances d’un serial killer

« Brel aurait aimé ces gens-là. Les rois du camping car, les beaufs à casquette Jupiler vautrés dans la merditude des choses. Les Alphonse, Josette et compagnie qui causent comme des charretiers et se lancent des gros mots à la gueule ».

Comme chaque année, la famille Destrooper part en vacances sur la côte belge. Dans la voiture, il y a Fonske, le paternel, Josette, sa femme, et Steven et Lourdes, leurs enfants. Dans la caravane accrochée à l’arrière, il y a mémé, une Calamity Jane du 3ème âge. Quand un motard pique le sac de Josette à un carrefour, personne ne se doute que ce vol va être le point de départ de vacances tout simplement infernales…

Une ENOOORME farce, voila comment je qualifierais ce texte. Un grand délire, certes maîtrisé, mais quand même ! Déjà, la galerie de personnages est absolument impayable : Mémé Cornemuse, grand-mère nymphomane et manipulatrice. Fonske, père de famille beauf jusqu’au bout des ongles mais attachant en diable. Les enfants, ados cinéastes un brin pervers. Josette, épouse nunuche et superficielle. Biloute, tueur en cavale qui garde des principes malgré ses agissements coupables… Ensuite, l’enchaînement des événements donne un rythme frénétique et ne laisse aucun temps mort au lecteur. Un tourbillon quasi incontrôlable où l’on navigue d’un personnage à l’autre, d’une situation abracadabrantesque à l’autre. Enfin, l’écriture, pleine de gouaille, est à la fois désinvolte et fluide, même si le niveau de langue parfois très peu soutenu pourra heurter certaines sensibilités.

Férocement drôle, politiquement incorrect, à prendre au second, troisième, voire quatrième degré, ce roman inclassable souffre de ces accumulations de scènes improbables. Trop, c’est trop. Et après avoir franchement rit au démarrage de l’intrigue, l’essoufflement s'est rapidement fait sentir. Finalement, plus rien ne devient surprenant tant l’auteur pousse plus loin le bouchon à chaque page. On garde le sourire, mais la lassitude n’est jamais loin.

Un bon titre si l’on aime les blagues potaches et les textes délirants. Fans de Groland et d’humour belge, ces Vacances d’un serial killer sont faites pour vous. Personnellement, je n’ai été que moyennement emballé par cette grosse farce qui m’a plus d’une fois fait frôler l’indigestion.

Les vacances d’un serial killer, de Nadine Monfils, Éditions Belfond, 2011. 236 pages. 18,50 euros.

vendredi 24 juin 2011

Les grenouilles samouraïs de l’étang des Genji

L’étang des Genji est un très vieil étang. Il y a fort longtemps y vivaient en harmonie des grenouilles, des crapauds et des rainettes vertes et rousses. Le Seigneur Yorimoto régnait sur le clan, magnanime. Mais par un bel été survint la catastrophe : un cri transperça la nuit et on trouva une rainette verte gravement blessée au bord de l’eau. Près d’elle, sur le sol, il y avait des empreintes que l’on n’avait jamais vues et un objet long et blanc que la guerrière Tomoé reconnut : le poil de la moustache d’un chat Heiké ! Alors, sur ordre du seigneur Yorimoto, dix mille grenouilles de l’étang des Genji prirent les armes pour aller attaquer le chat malfaisant. Mais l’assaut tourna à la déroute car le chat était trop fort. Il fallut alors toute l’ingéniosité d’une jeune grenouille pour venir à bout de cet adversaire qui semblait pourtant invincible.

Inspiré de la célèbre épopée du Heiké Monogatari qui décrit le combat qui s’est déroulé au XIIème siècle entre les clans Genji et Heiké pour le contrôle du Japon, cet album poétique offre une succession de tableaux se déployant sur des doubles pages. Les illustrations, aux couleurs somptueuses sont d’une rare élégance. Célébrant l’ingéniosité des plus faibles face à la force brute, voila un ouvrage dépaysant qui ravira petits et grands. Une lecture à partager en famille !

Les grenouilles samouraïs de l’étang des Genji, de Kazunari Hino et Takao Saitô, Éditions Picquier Jeunesse, 2009. 40 pages. 15,00 euros. Dès 7 ans.




Ce billet constitue ma 1ère participation à la quinzaine nippone de Choco.




mercredi 22 juin 2011

Mojo

« Ce qu’est un mojo ? Hé, mec, tu déconnes ou quoi ?... tout le monde en a un. Plus ou moins bon, c’est tout. Et puis certains ne le savent pas. Ils ne l’ont pas apprivoisé. Il y a ceux qui sont nés sous un mauvais signe, qui ont un mojo obscur, sombre, ratatiné comme une momie. Ça c’est mauvais, mec ! »

Le mojo de Slim Whitemoon se révélera chaotique. Jugez plutôt : Né dans le Mississipi au début du 20ème siècle, ce bluesman tente d’abord sa chance à Chicago avant que la crise de 29 ne l’oblige à retourner dans le sud. Il y passe quelques années dans un cimetière en tant que fossoyeur. Mais le frisson du blues le renvoie sur la route. Des concerts chaque soir dans des bars, des clubs, des petites salles ou même dans la rue. Une vie d’errance avant de rentrer dans le rang après avoir rencontré Emma, sa future femme. De leur union naîtront deux garçons et deux filles. A la mort d’Emma, les enfants ont grandi et sont partis. De nouveau seul, Slim replonge dans la musique à corps perdu. Et lorsque le revival du blues explose en Europe dans les années 60, il part faire une tournée en Angleterre. Le vieil homme devient une star adulée par les Stones et les Yarbirds de Clapton. De retour au pays, Slim retombe dans l’anonymat pour finir sa vie dans le dénuement le plus complet.

Slim Whitemoon n’a jamais existé. Il représente le parfait archétype du bluesman ayant traversé le 20ème siècle : une naissance dans le sud profond, les première notes de musique jouées sur une guitare de bric et de broc, un voyage à Chicago, une vie de hobo dans les trains de marchandise pendant la grande dépression, les premiers enregistrements de vinyles, la gloire avant une chute inexorable. Rodolphe et G. Van Linthout dressent un inventaire précis et exhaustif des caractéristiques propres à ces musiciens itinérants qui ont marqué l’histoire des États-Unis : la solitude, la misère, les femmes, l’alcool, les troquets sordides, le racisme ordinaire… Et si Slim est une pure invention, les musiciens qu’il croise sur sa route ont eux bel et bien existé : Blind Lemon Jefferson, le mythique Robert Johnson, Aleck « Rice » Miller, Sonny Boy Williamson. Ces bluesmen légendaires donnent à ce Mojo de faux airs de docu-fiction.

Graphiquement, le travail de G. Van Linthout colle parfaitement au propos : un lavis aux tons de gris délavés idéal pour illustrer cette vie en clair-obscur.

Grand fan de blues depuis un voyage au fin fond du Texas au début des années 90, j’ai passé un excellent moment avec ce roman graphique à la construction simple et efficace. Et je reste persuadé que cet album à priori destiné aux amateurs de la musique du diable saura également convaincre un plus large public.


Mojo de Rodolphe et G. Van Linthout, Éditions Vents d’Ouest, 2011. 192 pages. 20.00 euros.








Le challenge Palsèche de Mo'


lundi 20 juin 2011

Touriste

Julien Blanc-Gras revendique haut et fort son statut de touriste. Pas forcément la caricature du type en chemise à fleurs qui parcourt des milliers de kilomètres pour manger la même pizza que chez lui. Plutôt un voyageur cherchant à s’assurer que les atlas feuilletés depuis l’enfance contiennent des informations correctes : "Certains veulent faire de leur vie une œuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un." Tout est dit !

Angleterre, Colombie, Guatemala, Inde, Maroc, Brésil, Chine, Polynésie, Madagascar… Autant de destinations que de découvertes. Julien Blanc-Gras possède une façon bien à lui d’appréhender la dynamique du monde. Il conçoit le tourisme comme une leçon de géographie à l’échelle 1. Et il faut bien reconnaître que ses impressions de voyage sont délicieuses à partager. Refusant (et ne pouvant se permettre) le luxe des grands hôtels, il côtoie les autochtones dans leur milieu, en parfaite immersion. Quand il se rend dans un faubourg ultra violent de Cali ou dans une favela brésilienne, c’est sans à priori, oscillant entre naïveté et réelle lucidité.

C’est un fait, ce voyageur là possède à la fois de l’humour et une vraie profondeur, parfois cachée derrière son goût pour les bons mots et les formules à l’ironie mordante. Son écriture, d’une belle fluidité, est délicieuse. Pas de chichi, pas de langue de bois, pas d’envolée lyrique ou philosophique. Pas non plus de dénonciation outragée ou de prise de position militante. Un point de vue plein de fraîcheur qui sait se faire critique quand la situation l’exige. Sans nier la terrible réalité du monde, Julien Blanc-Gras garde un regard souvent tendre et toujours très respectueux pour les gens qu’il rencontre.

Un récit de voyages parmi tant d’autres ? Surement pas. Une vision moderne et très personnelle du tourisme alliée à un joli brin de plume font de ce recueil passé totalement inaperçu au moment de sa sortie un vrai régal de lecture. Vous serez prévenu…

Touriste, de Julien Blanc-Gras, Éditions Au diable vauvert, 2011. 260 pages. 17,00 euros.

vendredi 17 juin 2011

Où es-tu Léopold 1 : On voit ton pyjama

Trop cool de pouvoir devenir invisible quand on veut ! Léopold découvre qu'il possède ce don par le plus grand des hasards mais il voit très vite les avantages qu’il va en tirer. Attention cependant : à la manière des super héros, il lui faut garder le secret pour ne pas être kidnappé par la CIA ou devenir un objet d’étude pour les scientifiques. Seule sa sœur Céline est au courant. Et pour elle, le pouvoir de son frère devient une inépuisable source d’ennuis, Léopold multipliant les blagues de plus ou moins bon goût avec pour cible préférée sa sœur «chérie».

Des histoires courtes de trois ou quatre planches à l’humour potache, voila ce que propose ce premier volume des aventures de Léopold. Ça ne vole parfois pas bien haut mais c’est tout le charme de cette nouvelle série qui a la particularité de s’adresser aux enfants de 6-8 ans. Un dessin très simple, des cases de grande taille, seulement 30 pages, un petit format que l'on tient bien en main… tout a été pensé pour faciliter la tâche des apprentis lecteurs qui commencent à peine à lire des BD tout seul. Un petit bémol toutefois, le lettrage assez maladroit pourra poser problème à ceux ayant encore quelques difficultés à déchiffrer certaines lettres de l’alphabet.

Entre des relations frère/sœur volcaniques et un humour de cour de récré, ce premier tome fait mouche sur un créneau assez peu couru par les éditeurs. Certes rien de révolutionnaire, juste un divertissement plein de fraîcheur et adapté à son public. Mais c’est déjà pas mal, non ?


Où es-tu Léopold T1 : On voit ton pyjama de Vincent Caut et Michel-Yves Schmitt, éditions Dupuis, 2011. 30 pages. 9,50 euros. A partir de 6 ans.



Le challenge Palsèche de Mo'

mercredi 15 juin 2011

Un privé à la cambrousse, intégrale 1

A la mort de son père, Hubert hérite de l’exploitation familiale avec son frère Bertrand. Le partage est simple : à Hubert la maison et à Bertrand les terres. Un arrangement amiable est trouvé. Le frère et sa femme sont logés gratuitement et en contrepartie Hubert est nourri et blanchi par sa belle sœur. Mais cette dernière est une vraie peau de vache et pour gagner un peu d’autonomie financière et améliorer l’ordinaire, Hubert rend quelques services à droite à gauche, essentiellement surveillance et espionnage. Finalement, rien de bien excitant dans ces affaires purement rurales : des oies pendues à un arbre par un voisin indélicat, un tracteur saboté par un concurrent jaloux, un coin à truffe qui attire les braconniers... Par la suite, les intrigues vont singulièrement se compliquer : entre un trafic de gnole qui tourne mal et des tentatives de meurtres dans les milieux mycologiques, Hubert va devoir faire preuve d’un sens approfondi de la déduction et d’une volonté de fer pour éclaircir ces drôles de faits divers.

Pas facile d’être un privé dans un village de 800 âmes. Comment opérer avec discrétion quand tout le monde vous connaît ? Sans compter que les commérages vont tellement vite qu’il vaut mieux ne pas s’afficher avec le Maigret du coin. Pour couronner le tout, l’autochtone peut être tour à tour taciturne, moqueur, vindicatif, alcoolique et facilement violent. Pas évident, dans ces conditions, de lui tirer les vers du nez.

Bruno Heitz propose une plongée au cœur de la France profonde des années 50. Une époque où l’épicier ambulant et sa camionnette faisait office de lien social fondamental, où les repas du soir était parfois bien pauvres et où les heures passées au bistrot étaient plus importantes qu’une éventuelle vie de famille. Les portraits de femmes sont féroces : la belle sœur vacharde qui se tire après avoir mis la main sur un magot, la commerçante pingre qui ne fait pas souvent crédit, la fille adoptive qui veut venger son père à coup de chevrotine… Pour autant, l’auteur n’y va pas avec de gros sabots. Il y a une vraie finesse dans son analyse quasi sociologique de la société rurale de l'après-guerre.

Graphiquement, d’aucuns qualifieront le dessin au mieux de minimaliste, au pire de franchement mal maîtrisé. Personnellement, je lui trouve beaucoup de charme. Un noir et blanc simple, efficace, au service de l’intrigue, qui rend bien les atmosphères grises et tristounettes de Beaulieu sur Morne et de ses environs. On peut toujours se dire que les aventures d’Hubert auraient eu plus de gueule sous le trait hyper réaliste de Gibrat ou celui plus torturé de Lax, mais je persiste à croire que le travail de Heitz mérite un large crédit et est adapté au propos.

Conjuguer humour et drames paysans avec un dessin limite enfantin tenait de la gageure quasi insurmontable. Pourtant, le challenge est relevé haut la main et l’on suit avec délectation les aventures d’Hubert, ce privé de la cambrousse atypique et franchement attachant.

Cette intégrale reprend les trois premiers tomes de la série qui en compte neuf en tout. Publiés initialement aux éditions du Seuil, les titres encore disponibles végétaient au fond des tiroirs. Suite à un accord tripartite entre le Seuil, l’auteur et Gallimard, la publication de ces intégrales a pu enfin aboutir et constitue une sorte de « collector » qui donne à cette série trop longtemps ignorée l’écrin qu’elle mérite.


Un privé à la cambrousse, intégrale T1 de Bruno Heitz, Éditions Gallimard, 2011. 336 pages. 21.00 euros.




Le challenge Palsèche de Mo'


La BD du mercredi de Mango





dimanche 12 juin 2011

La radio des blogueurs : c'est bientôt l'été

Pour cette nouvelle session de la Radio des blogueurs, Leiloona
propose de créer "une playlist qui nous met de bonne humeur dès le matin". En ce moment avec mes filles de 5 et 8 ans on aime écouter Black Joe Lewis. Un son péchu, du rock soul bluesy qui fait évidemment penser au grand James Brown mais pas seulement.
Sa bio parle d'influences à chercher du coté du Texas Blues, de la soul de Memphis et du punk rock de Detroit. Mais plutôt que les longs discours, mieux vaut écouter ce son qui vous fait taper du pied et vous donne la pêche dès le matin.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

vendredi 10 juin 2011

Petits ruisseaux

C’est un petit ruisseau qui rêve de sortir de son lit pour parcourir le monde, de devenir un fleuve géant se jetant dans la mer.

C’est un petit garçon à moitié endormi. Son ventre le chatouille et l’envie se fait de plus en plus pressante. Mais il fait nuit et il n’ose pas se lever. Il faudrait quelqu’un pour lui allumer la lumière.

Finalement, le cours d’eau et le garçonnet vont fusionner. Le premier va inonder la prairie et le second son pyjama et même ses draps. L’un comme l’autre, ils ne se sont pas retenus et il faut bien reconnaître que ce lâcher-prise semble les réjouir au plus haut point !

Un petit livre plein de gaieté qui use de la métaphore pour démontrer que le pipi au lit, pour régressif qu’il soit, n’a rien de honteux. La construction de l’album alterne les passages dans la chambre de l’enfant et ceux décrivant la progression du ruisseau. C’est à la dernière page que leurs chemins, jusque là parallèles, se rejoignent dans une apothéose libératrice.

Les illustrations de Vincent Mathy sont fraîches et colorées et accompagnent à merveille un texte simple où le champ lexical est en osmose avec le sujet traité : se retenir, grossir, sortir de son lit, éclabousser, inonder...

Une belle occasion de dédramatiser ces fuites nocturnes qui sont souvent très mal vécues par les enfants et les parents. Alors tant pis pour les bien-pensant (qui a dit pisse-froid ?) qui vont y trouver à redire, mais vive le pipi au lit !

Petits Ruisseaux de Cathy Ytak et Vincent Mathy, éditions Sarbacane, 2011. 40 pages. 12,90 euros. A partir de 3 ans.

L'avancée du ruisseau

L'angoisse du petit garçon

mercredi 8 juin 2011

Le viandier de Polpette 1 : L’ail des ours

Après avoir officié comme cuistot dans l’armée pendant la guerre, Polpette échoue un peu par hasard à l’auberge du coq Vert. Dans cet établissement isolé au pied des montagnes, ses talents font de lui un cuisinier renommé. La vie s’écoule paisiblement au sein de la petite communauté présente dans l’auberge. Son propriétaire, le comte Fausto de Scaramandra, est un personnage fantasque, épicurien dans l’âme. Mais l’annonce de l’arrivée prochaine de son père, vieux chef militaire qu’il n’a pas revu depuis des années, semble le préoccuper au plus haut point…

Le viandier de Polpette, c’est de la fantasy pas héroïque du tout. Pas d’elfes ni d’orcs, pas de nains, de dragons ou de sorciers. Juste des amis dont le but premier est de profiter des petits plaisirs qu’offre l’existence. S’il y avait une comparaison à faire, il faudrait regarder du coté du village d’Astérix ou de celui des schtroumpfs. Un endroit où le lecteur se sent bien, où la simplicité des relations fait plaisir à voir. Les enjeux humains sont à l’évidence le cœur du récit. D’ailleurs, les fans de Julien Neel retrouveront la thématique de la filiation qui est déjà fortement présente dans sa série Lou ! Autre élément fondamental, la nourriture. Les auteurs avouent qu’ils ont voulu donner faim à leurs lecteurs. L’histoire est parsemée de recettes illustrées et décrites avec précision. Au-delà de l’aspect purement culinaire, c’est un moyen originale de rythmer l’album.

Graphiquement, les amateurs de Lou ! ne seront pas dépaysés. Ils retrouveront ces bouilles que l’on reconnaît au premier coup d’œil, ces couleurs pastel et ce découpage varié mais finalement très classique. Petit reproche, certaines cases de grande taille apparaissent un peu pauvres en terme de décors.

Au final, d’aucuns qualifieront le scénario de simplet, un brin naïf et manquant singulièrement d’épaisseur. C’est un fait. Pour ma part, je vois dans cet album une ode à l’amitié et à la simplicité, un contre pied aux séries dont l’action à tout prix est la seule raison d’être. J’ai beaucoup aimé ce parti pris narratif qui peut, à quelques égards, être comparé au travail de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp sur leur Magasin général.

Le Viandier de Polpette devrait compter en tout trois volumes. Inutile de vous dire que je suis partant pour la suite !

Le viandier de Polpette T1 : L’ail des ours d’Olivier Milhaud et Julien Neel, Éditions Gallimard, 2011. 142 pages. 18.00 euros.

L'avis de PG Luneau




La BD du mercredi, c'est chez Mango



Festival BD Boum 2011
Prix du Conseil Général


lundi 6 juin 2011

Les foudroyés : prix Pulitzer 2010

George agonise. Le cancer qui le ronge a atteint sa phase terminale. Entouré des siens, installé dans un lit médicalisé planté au milieu du salon, il vit ses dernières heures. George Washington Crosby est né à West Cove, dans le Maine, en 1915. En 1936, il a déménagé dans le Massachusetts et y a fondé sa famille. Ancien ingénieur, il a opéré une reconversion sur le tard dans le commerce et la réparation d’horloges. Avant de fermer les yeux une fois pour toutes, George laisse les souvenirs remonter à la surface. Il repense à son père, Howard, vendeur ambulant dans une carriole tirée par un âne. Un homme souffrant d’épilepsie qui faillit un jour lui trancher les doigts avec ses dents lors d’une terrible crise. Un homme qui, un soir en revenant de la « tournée quotidienne qui l’emmenait par les chemins de traverse vendre ses brosses et son savon aux matrones de l’arrière-pays, et apercevant sa famille dans la pénombre de la fenêtre de la cuisine, avait cravaché sa mule […] et poursuivi sa route à bord de sa carriole pour ne s’arrêter qu’une fois arrivé, anonyme, à Philadelphie. »

Pénible, voila comment je qualifierais mon entrée dans ce roman couronné aux États-Unis par le prix Pulitzer 2010. La narration est totalement décousue, oscillant entre le présent, le passé et des considérations ultra techniques sur l’horlogerie. Une sorte de maelstrom indigeste et sans grand intérêt. Et puis, alors que j’étais sur le point d’abandonner, le miracle s’est produit. A la page 70, au début de la seconde partie, l’histoire se focalise sur la jeunesse de George, et plus particulièrement sur les événements qui ont poussé son père à fuir le foyer. L’écriture devient fluide, limpide, et l’on découvre la rudesse de la vie dans l’Amérique profonde des années vingt. Cinquante pages lumineuses qui justifient à elles seules la lecture du roman.

Paul Harding prend son temps. Il oscille avec talent entre les descriptions contemplatives de la nature, la violence incontrôlable d’une crise d’épilepsie ou encore les fulgurances de l’esprit en perdition d’un mourant. Son texte, à la fois pastoral et lyrique, enchaîne les tableaux comme autant d’images miniatures ciselées avec une précision d’orfèvre.

Un roman inégal mais qui mérite d’être lu pour peu que l’on aime la littérature, loin de tout effet de mode et d’une quelconque recherche d’action ou de divertissement à tout prix. .

Les foudroyés, de Paul Harding, Éditions Le cherche midi, 2011. 186 pages. 15,00 euros.

vendredi 3 juin 2011

Salvatore 1 : Transports amoureux

Salvatore est un chien garagiste vivant au fin fond de la Haute Savoie. Réputé comme le meilleur mécano de la région, c’est un solitaire taciturne et misanthrope qui adore réparer les moteurs mais déteste ses clients. Au-delà de sa passion pour les voitures, Salvatore n’a qu’un but : retrouver Julie, son amour d’enfance partie depuis des lustres en Amérique du sud en lui faisant promettre qu’ils se reverraient un jour.

Pour mener à bien ce rêve un peu fou, le garagiste va croiser sur son chemin une truie enceinte jusqu’aux yeux, un taureau camarguais en bien mauvaise posture ou encore une vachette jalouse comme une tigresse.

Des personnages improbables, animaux anthropomorphes vivant parmi les humains comme si de rien n’était. Un narrateur omniprésent qui commente et anticipe les événements. Une succession de situations plus abracadabrantes les unes que les autres. Une histoire d’amour aussi simple que touchante. Les ingrédients de ce premier volume sont nombreux et variés mais pas indigestes pour autant. Entre poésie, absurde, surréalisme et humour, Nicolas de Crécy tricote un drôle de canevas qui, au final, tient franchement la route. Il faut juste accepter de se laisser emporter sans à priori dans cet univers invraisemblable pour passer un délicieux moment de lecture.

Au premier abord, il serait tentant de qualifier le coup de crayon de l’auteur de maladroit. Un rien tremblotant, à la limite du crayonné, avec des proportions pas toujours respectées. Mais à y regarder de plus près, on se rend compte qu’il se cache derrière cette apparente naïveté graphique une sacrée maîtrise. Il suffit pour s’en convaincre de suivre la longue séquence centrale de l’album qui emmène la truie enceinte dans un voyage des plus mouvementé. De Crécy décline au long de cette douzaine de pages un art du cadrage et de la mise en scène assez époustouflant.

Bref, tout ça pour dire que j’ai beaucoup aimé ce premier tome. Alors merci qui ? Merci Mo’ bien sûr. Après Courtney Crumrin, elle m’a de nouveau gâté en m’offrant cet album qui permet d’entrer en douceur dans le monde de Nicolas de Crécy. Je sais que de son coté, ça n’a pas été le coup de foudre pour cette série (http://chezmo.wordpress.com/2010/03/18/salvatoretomes1et2/) mais pour moi ce fut une bien belle découverte. Après tout, les goûts et les couleurs…

Salvatore T1 : Transports amoureux de Nicolas de Crécy, Dupuis, 2005. 48 pages. 11,95 euros.


L’info en plus : La série est toujours en cours. A l’automne 2010, les éditions Dupuis ont publié une intégrale brochée des quatre premiers volumes avec une nouvelle colorisation dans des tons sépia du plus bel effet.




Le challenge Palsèche de Mo'

mercredi 1 juin 2011

New York trilogie : intégrale

Pour Will Eisner, New York a été une source d’inspiration inépuisable. Sa ville de naissance a notamment été le théâtre de son recueil de nouvelles Un pacte avec Dieu, publié en 1978 et considéré par beaucoup comme un des albums de BD qui ont marqué le 20ème siècle. Entre 1981 et 1992, l’auteur du Spirit remet le couvert. Avec La Ville, L’immeuble et Les gens, il créé une trilogie New-Yorkaise qui fera date.

Le premier titre, La Ville, n’est pas à proprement parler un roman graphique. Il s’agit plutôt d’une série de « photographies » bâties autour d’éléments clé qui constituent sa vision d’une grande ville : les grilles d’aération, les perrons, le métro, les déchets, le bruit, les bouches d’incendie, les égouts, les murs, les fenêtres... Eisner y décline en une succession de saynètes brèves, souvent sans texte, des petites fictions censées selon lui représenter l’essence même de la grande ville telle qu’elle est vue par ses propres habitants.

Avec L’immeuble, l’auteur convoque les esprits de quatre personnes ayant vécu dans un immeuble aujourd’hui détruit. Il raconte ces vies « fantomatiques » dont le destin est resté intimement lié au lieu qu’elles ont habité.

Les trois nouvelles qui composent Les gens, dernier tome de la trilogie, sonnent comme un constat sombre et désespéré : aujourd’hui plus que jamais, la ville est peuplée de gens invisibles. Un univers kafkaien où le rythme de vie frénétique des citoyens ne laisse aucune place aux existences individuelles.

Si vous ne connaissez pas Will Eisner, un des plus grands maîtres de la BD mondiale, c’est l’occasion rêvée de le découvrir. En regroupant pour la 1ère fois cette trilogie dans une intégrale, les éditions Delcourt offrent à leurs lecteurs un magnifique cadeau. L’auteur propose une vraie leçon de BD. Un trait souple et doux d’une grande expressivité, un noir et blanc maîtrisé avec pour seule couleur une encre diluée qui offre différents ton de gris du plus bel effet. Et puis que dire de ce découpage ? Eisner possède un art consommé de l’ellipse, cet espace invisible entre deux cases permettant au lecteur de construire mentalement une réalité globale et continue qui constitue l’essence même de la bande dessinée. Mais au-delà des qualités purement techniques de cette trilogie, il y a dans les différentes nouvelles une force narrative absolument remarquable.

Ce pavé de 400 pages est plus qu’une simple intégrale regroupant trois titres distincts. C’est une œuvre cohérente offrant le regard porté par un artiste sur sa ville. Pour moi, une lecture indispensable si l’on souhaite parfaire sa culture bédéistique.


New York Trilogie de Will Eisner, Éditions Delcourt, 2011. 424 pages. 29.90 euros.




Le challenge Palsèche de Mo'