dimanche 29 janvier 2012

Vie animale

Torres © L'Olivier 2012
Ils sont trois. A moitié laids, à moitié noirs, à moitié sauvages. Ils ont les cheveux bouclés, la peau mate et le corps maigre. Ils, se sont des frères. Il y a Manny, 10 ans, Joel, 8 ans, et le narrateur, le cadet, âgé de 7 ans. Leurs parents étaient des ados quand Manny est né. Ils ont abandonné l’école avant l’accouchement. Aujourd’hui, Ma travaille à l’usine et Paps navigue entre les petits boulots. A la maison, ils s’aiment, s’engueulent et se battent. Les gamins, eux, en veulent toujours plus : plus de bruit, plus de cris, plus de jeux, de sang, de chair et de chaleur. Le père les corrige à coup de fouet mais il peut aussi se montrer étonnamment complice avec ses fils. La mère quant à elle se désole de voir ses enfants grandir et lui échapper. Une vie de misère, animale, sauvage, où le drame n’est jamais bien loin…

La prose est sèche comme un coup de trique. Pas d’emphase, pas de grandiloquence, tout est gratté jusqu’à l’os. Les chapitres courts et percutants donnent un rythme saccadé, proche de la poésie ou du slam. Les scènes marquantes s’enchaînent et le lecteur est en apnée jusqu’au dénouement final qui le laissera groggy, sonné par cette terrible nuit où la vie de la famille a basculé.

Premier roman et coup de maître pour Justin Torres. Sa voix raisonne avec force et emporte tout sur son passage. Sans concession, Vie animale est un récit féroce qui ne plaira pas à tout le monde. Pour moi, ce fut un vrai plaisir de lecture !

Vie animale, de Justin Torres, Éditions de l’Olivier, 2012. 142 pages. 18,00 euros.


jeudi 26 janvier 2012

Chroniques Express BD (1)

Ayant sous le coude quelques seconds tomes de séries dont j’ai déjà parlé ici, j’ai choisi de les présenter rapidement en un seul et même billet. Je reconnais humblement que l’idée de ces chroniques express n’est pas de moi, je l’ai piquée à Mo’ et à Choco. J’espère juste que je n’aurais pas à leur payer des droits d’auteur !


Sahara © Kazé 2010
My Girl T2, de Mizu Sahara, Kazé, 2010. 198 pages. 7,95 euros.

Il y a maintenant un an que Koharu a perdu sa mère et vit avec son père dont elle ignorait jusqu’alors l’existence. La petite fille rentre à l’école primaire et doit affronter le regard des autres élèves qui ont tous une maman. Comme d’habitude, sa maturité lui permettra d’affronter bille en tête les événements…
Une série mélancolique qui ne tombe jamais dans la mièvrerie. Des personnages attachants et une belle finesse d’analyse de la relation père/fille qui ne cesse d’évoluer pour le meilleur et pour le pire. Une vraie réussite, je suis partant pour le tome 3 !


Sahara © Kazé 2010


L’ours Barnabé, intégrale T2, de Philippe Coudray, Éditions La boîte à bulles, 2011. 192 pages. 22 euros.

L’ours Barnabé, c’est un condensé de poésie, d’absurde et de non sens. Grâce à cette édition intégrale, les lecteurs peuvent enfin (re)découvrir le formidable travail de philippe Coudray : un trait minimaliste, quelques cases par planches et une mécanique du gag qui, visuellement, relève du petit miracle. Une œuvre absolument tout public aux multiples niveaux de lecture et d’interprétation, ça ne se rencontre pas tous les jours.
En plus c’est un des rares ouvrages que ma fille ainée, qui n’est pas, loin s’en faut, une grande lectrice, aime lire et relire dès qu’elle en a l’occasion. Rien que pour ça, cette série figurera toujours en bonne place dans la bibliothèque familiale.

Mon avis sur le tome 1 


Coudray © Boîte à bulles 2012




Heitz © Gallimard 2012
Un privé à la cambrousse, intégrale T2 de Bruno Heitz, Gallimard, 2012. 348 pages. 21 euros.


Quel bonheur de retrouver Hubert le détective privé, épicier ambulant à ses heures perdues, qui résout de sordides affaires dans la France profonde des années 50. Toujours des personnages haut en couleurs, toujours beaucoup de tendresse pour ce monde de rustres taciturnes et toujours ce noir et blanc au trait épais auquel je trouve énormément de caractère. Ah, les charmes de la France rurale d’antan !



Heitz © Gallimard 2012




Barbucci © Soleil 2011


Chosp T2 : démons moches et méchants, d’Alesandro Barbucci, Soleil, 2011. 94 pages. 13,90 euros.

Le petit Chosp est toujours à la recherche de ses origines. Sur l’île des stars où seul le glamour compte, son physique ingrat détonne. Aidé de son amie Melody, de Wendy sa baby-sitter et de la vieille Norma Bates, Chosp se rend dans un cimetière situé sur une île en pleine mer. C’est là, pense Melody, que se trouve la clé du mystère…
Barbucci laisse libre cours à son imagination débordante et poursuit son récit dans une veine « humoristico-délirante » qui fait mouche. Son trait nerveux et élastique reste ici fortement influencée par Akira Toriyama, période Dr Slump.
Drôle et survitaminée, une série jeunesse qui dépote !

Mon avis sur le tome 1.

Barbucci © Soleil 2011

mercredi 25 janvier 2012

Une métamorphose iranienne

Neyestani - © çà et là 2012
Un petit dessin, rien d’autre. Un petit dessin qui a valu en 2006 à l’iranien Mana Neyestani les pires tourments. Tout ça parce qu’il a représenté un cafard prononçant un mot azéri dans un journal pour enfants. Pour la communauté Azérie d’Iran et pour l’Azerbaïdjan, ce dessin est une insulte. Offensés parce qu’ils pensent qu’on les assimile à des insectes, les azéris manifestent violemment. Les émeutes sont réprimées dans le sang et le gouvernement iranien décide d’arrêter le dessinateur pour calmer la vindicte populaire. Totalement dépassé par les événements, Neyestani se retrouve plongé dans un engrenage inarrêtable. « Je n’en revenais pas que des gens manifestent contre un journal iranien et qu’ils le fassent sur le simple prétexte d’un mot dans un de mes dessins. »

Incarcéré, il découvre la prison d’Evin, au nord de Téhéran. Il y passe plusieurs mois et subit des interrogatoires musclés. Au bout de 51 jours à l’isolement, il se retrouve dans la section des prisonniers détenus pour crimes financiers. Mana y côtoie dans la plus grande promiscuité des junkies en manque, un vieillard sénile et des escrocs sadiques. Quand sa famille parvient à payer la caution lui permettant de retrouver temporairement la liberté en attendant la tenue du procès, le dessinateur décide de quitter l’Iran avec sa femme. En quête de visa pour l’Europe, il part dans un premier temps à Dubaï avant de se retrouver en Turquie puis en Chine. Échappant de peu à l’extradition vers son pays d’origine, c’est en Malaisie qu’il trouvera durablement refuge. Depuis février 2011, il vit à Paris en résidence d’artiste à la Cité Internationale des Arts dans le cadre du programme ICORN de soutien à la liberté d’expression.

Mana Neyestani pose un regard à la fois réaliste et distancié sur le tourbillon qui a bouleversé sa vie sans crier gare. Pas d’apitoiement, pas non plus de colère, juste une analyse lucide et chronologique des événements tels qu’ils se sont enchaînés. Effrayé à l’idée que l’un de ses dessins ait entraîné des répressions mortelles contre les manifestants, il ne comprend pas comment tout cela a pu prendre de telles proportions.

Son parcours vers le statut de réfugié politique sera une autre terrible épreuve à franchir tant les désillusions vont être nombreuses. Lorsqu’il décide de quitter l’Iran, son premier réflexe est de s’adresser à l’ambassade de France. Au pays des droits de l’homme, on ne pourra qu’accéder à sa requête, pense-t-il. Qu’elle n’est pas sa surprise en découvrant que l’homme auquel il demande de l’aide n’est pas un descendant de Jean-Jacques Rousseau mais un fonctionnaire obtus qui l’écoute sans réellement lui prêter une quelconque attention. Ironie de l’histoire, c’est grâce à la Chine, loin d’être à priori une référence en matière de droits de l’homme, que la situation pourra se débloquer.

Graphiquement, ce témoignage ne donne pas dans le réalisme à la Joe Sacco. Les références sont plutôt à chercher du coté de Robert Crumb, avec les nombreuses hachures qui envahissent chaque case. Saupoudrant son récit de petites touches d’humour, Neyestani sait aussi faire preuve d’une belle inventivité grâce à quelques trouvailles visuelles qui ne sont pas sans rappeler le dessin de presse (cf. second extrait ci-dessous lorsqu’on lui annonce sa remise en liberté provisoire).

Une métamorphose iranienne est un album d’une grande puissance qui décortique méticuleusement le basculement d’un dessinateur pour la jeunesse dans l’univers kafkaien mis en place par le système totalitaire iranien (la référence à La Métamorphose dans le titre n’est évidemment pas anodine). Pour le lecteur, c’est aussi une réflexion sur la liberté d’expression et sur le fait que cette dernière, selon l’endroit où l’on vit, ne tient parfois qu’à un fil, ou plus précisément à un petit trait de crayon.

Une métamorphose iranienne de Mana Neyestani. Éditions Çà et là, 2012. 198 pages. 20 euros.

PS : l’album paraîtra le 16 février. Je remercie Libfly et les éditions çà et là de m’avoir permis de le découvrir en avant première.

Neyestani - © çà et là 2012

Neyestani - © çà et là 2012





dimanche 22 janvier 2012

La tristesse des anges


Stefansson © Gallimard 2011

Nous sommes en avril mais l’Islande est encore sous la neige. Jens le postier arrive au village frigorifié, collé à son cheval par le gel. Avec précaution, on le détache, on le déshabille et on le réchauffe près du feu. Il faut dire que cet homme doit être choyé car il est le seul trait d’union entre la civilisation et cette contrée perdue au bout du monde. Quelques jours plus tard, on demande à Jens de poursuivre sa tournée toujours plus au nord, là où l’Islande prend fin pour laisser place à l’hiver éternel. La lande qu’il doit traverser est balayée par une telle tempête que beaucoup la considèrent comme impraticable. Accompagné du gamin, un garçon d’auberge passionné de poésie et de littérature, Jens se lance dans la tournée la plus difficile de sa carrière.

Le postier taciturne et le gamin volubile forment un couple aussi improbable que complémentaire. Leur voyage sans fin au cœur d’une incroyable tempête a tout de la tragédie. Dès le départ le lecteur se doute que leur entreprise est vouée à l’échec. Mais l’important n’est pas là. Ce qui compte, ce sont les rencontres qu’ils feront au cours de leur périple, ces maisons isolées, noyées sous la neige, où des familles passent l’hiver au coin du feu dans une sorte de huis-clos pesant. Des gens taiseux et modestes toujours prompt à partager le peu qu’ils possèdent. Mais surtout, ce qui compte, c’est la qualité de l’écriture de Jon Kalman Stefansson. La tristesse des anges est roman très littéraire traversé par des élans poétiques somptueux et une réflexion pleine de finesse sur le sens de l’existence : « Qu’est-ce qui nous afflige – si seulement nous le savions. Nous savons à peine pourquoi nous posons la question, nous savons simplement qu’il y a quelque chose qui nous afflige, que nous ne vivons pas comme nous le devrions. Et la mort nous attend tous. »

Incroyable tour de force que de décrire pendant plus de deux cents pages le combat de deux hommes en pleine tempête sans jamais donner l’impression de se répéter. La prose est éblouissante, sachant se faire lyrique sans jamais tomber dans le boursouflé. Le lecteur frissonne, il est saisi par la dureté du climat et des hommes, par ces caractères de rustres indomptables qui représentent l’âme islandaise. « La vie islandaise dans un mouchoir de poche, nous sommes parfaitement incapables d’exprimer nos sentiments en présence de l’autre : de mon cœur ne t’approche point. »

Un roman somptueux, hors du temps et des modes. Jon Kalman Stefansson déroule une petite musique qui vous accompagnera longtemps pour peu que vous lui accordiez l’attention qu’elle mérite. De la littérature, quoi.

La tristesse des anges, de Jon Kalman Stefansson, Gallimard, 2011. 378 pages. 21,50 euros.


L'avis de Clara.

vendredi 20 janvier 2012

Le cochon magique

de Monfreid
© école des loisirs 2010
Ma fille qui est en CP est revenue de l’école avec le livre du mois de l’abonnement Kilimax de l’École des loisirs. Et bien devinez quoi, c’est encore une histoire en randonnée ! (pour ceux qui ont raté un épisode, j’ai donné la semaine dernière quelques informations concernant ce schéma narratif que l’on retrouve très souvent dans les albums de littérature jeunesse).

Le cochon magique raconte les tribulations de Josette, une petite fille qui voit un jour apparaître à sa fenêtre un cochon. Décidant que cet animal est doté de pouvoirs magiques, Josette grimpe sur son dos et commence une balade au cours de laquelle elle va rencontrer de nouveaux amis : un lapin cherchant à être le plus beau, un chat voulant devenir riche, un chien désireux de jouer de la guitare comme un dieu et enfin un âne souhaitant connaître la célébrité. A chacun, Josette affirme que le cochon magique exaucera leurs vœux. Les voilà donc tous en route vers la ville pour voir leurs rêves se réaliser…

Simple, linéaire, une ou deux phrases maxi par page... typiquement le genre d’album adapté aux lecteurs débutants qui sont encore entre le déchiffrage et la véritable compréhension du texte. Bien sûr, une première lecture des parents peut faciliter les choses. Et puis pour les plus petits qui ne savent pas lire, les adultes pourront aisément, en jouant sur les modulations de la voix, donner beaucoup de corps et de vie aux différents personnages. Après, graphiquement, on aime ou pas. Personnellement, je ne suis pas fan de ce trait assez minimaliste et de ces couleurs un peu fades.

Mais peu importe. L’histoire de ce cochon « placebo » est drôle, fraternelle et joyeuse, c’est bien là l’essentiel. Idéal pour se dérider par les temps qui courent !


Le cochon magique de Dorothée de Monfreid, L’école des loisirs, 2010. 32 pages. 12 euros. A partir de 3 ans.


de Monfreid © école des loisirs 2010

mercredi 18 janvier 2012

L'enfant cachée

Dauvillier et Lizano
© Le Lombard 2012
Si Dounia Cohen est aujourd’hui grand-mère, elle continue de porter sur sa jeunesse un regard empreint d’une certaine mélancolie. Lorsque sa petite fille Elsa lui propose de raconter son histoire pour évacuer sa tristesse, la vieille femme s’exécute et lui ouvre son cœur.

C’est au cours de l’année 1942 que tout a basculé. Un soir, en rentrant de l’école, son père lui annonce que les Cohen sont devenus une famille de shérifs et que du coup, ils doivent porter une étoile jaune. Pour Dounia, cette étoile signe le début des ennuis. A l’école, la maîtresse l’ignore et à la récré plus personne ne veut jouer avec elle. Le jour où la police vient chercher ses parents, son père la cache dans le double fond d’un placard. C’est la voisine du dessous qui la récupère quelques heures plus tard. Commence alors pour Dounia et et cette femme un exode qui les mènera en pleine campagne dans une ferme tenue par la pétillante Germaine...

Loïc Dauvillier et Marc Lizano articulent leur récit autour de l’un des événements les plus sombres de l’histoire de France, la rafle du Vel’ d’Hiv. Si Dounia échappe à l’arrestation, change de ville et d’identité, c’est grâce au formidable élan de résistance civile et de solidarité manifesté par une partie de la population. Au-delà du Vel d’Hiv, les auteurs rendent un vibrant hommage aux Justes, ces héros ordinaires qui n’hésitaient pas à risquer leur vie pour cacher des enfants juifs. Cette BD jeunesse est parfois cruelle (l’institutrice antisémite, les violences policières, la délation…) mais elle reste traversée par un indéfectible optimisme. Bien sûr, l’image de la mère de Dounia revenue des camps est terrible et d’une insondable tristesse, mais c’est une façon intelligente de parler aux enfants des camps de la mort sans avoir à les montrer. Un album qui va nécessairement interpeller les jeunes lecteurs auxquels il s’adresse. Mais parce que le ton est juste, parce que le récit est pétri de finesse et de subtilité, cette Enfant cachée se révèle au final une incontestable réussite.

Une BD pédagogique sacrément bien menée à recommander chaudement en ces temps où le travail de mémoire n’est plus, et de loin, une priorité nationale.

Allez, si je devais vraiment chipoter, j’émettrais un bémol concernant le lettrage. Il est un peu trop « brouillon » et pourra poser des problèmes aux enfants ayant quelques difficultés de déchiffrage. Mais ne vous arrêtez surtout pas à ce détail. De la bande dessinée jeunesse d’une telle qualité, il serait vraiment dommage de s’en priver.



L’enfant cachée de Marc Lizano, Loïc Dauvillier et Greg Salsedo. Le Lombard, 2012. 80 pages. 16,45 euros. Dès 9 ans.


Dauvillier et Lizano © Le Lombard 2012







Mention spéciale Jury Oecuménique
de la Bande dessinée 2013


mardi 17 janvier 2012

La collection écritures de Casterman fête ses 10 ans en fanfare

Pour ses 10 ans, la collection Écritures de Casterman ressort 10 titres essentiels dans un tirage de luxe limité à 3000 exemplaires. Une édition ultra-soignée, jugez plutôt : couverture imprimée sur papier métallique, tranche-fil, signet, bord des pages dorées. C’est bien simple, si on rajoutait un papier bible et un appareil critique, on croirait avoir à faire à un exemplaire de la Pléiade.



L’opération va se dérouler en deux temps. Cinq volumes paraîtront le 14 mars et les cinq autres le 30 mai. En fonction de la pagination, les prix oscilleront entre 17 et 29 euros.


Qui sont les heureux élus ? En mars, ce sera L’autoroute du soleil de Baru, Blue de Kiriko Nananan, L’homme qui marche de Taniguchi, Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet, Makiko Parade de Takahama et Boilet. En mai sortiront Blankets de Craig Thompson, Droit du sol de Charles Manson, Quartier lointain de Taniguchi, Haarman d’Isabel Kreitz, La mal aimée de Kim Dong Hwa.


Une belle occasion de découvrir (ou redécouvrir) des romans graphiques de qualité dans une édition classieuse. Personnellement, étant grand fan des tirages spéciaux, je sais déjà que je vais craquer pour quelques titres. Blankets sera l’occasion pour moi de découvrir le travail de Craig Thompson. Je vais aussi surement prendre les deux Taniguchi que j’avais lus à la bibliothèque et que je ne possède donc pas. Pour les autres, il faut voir. Je ne connais pas du tout Blue, Makiko Parade, Haarman, Droit du sol et La mal aimée. J’en prendrais peut-être un par curiosité mais à ce prix là, je ne vais pas pouvoir tous me les offrir. Si vous pensez que parmi ces titres il y en a un à ne pas rater, n’hésitez pas à me le faire savoir.
Et vous, est-ce que vous allez vous laisser tenter ?



lundi 16 janvier 2012

Les années n° 1

Après la radio, la revue. J’ai été sollicité pour participer au lancement d’une revue littéraire et culturelle bi-mensuelle, électronique et gratuite. Dans cette revue baptisée « Les années » en hommage à un ouvrage d’Annie Ernaux, le ton se veut léger et passionné. Comme le précise le responsable de la publication, la ligne éditoriale « n’aura rien de rectiligne, sinuera entre des écritures sensibles et généreuses, bordera la chanson, c’est sûr, et peut-être le spectacle vivant... ».

Au sommaire de ce 1er numéro, un portrait d’Annie Ernaux, une nouvelle de Jean-Louis Rambour, une chanson d’Alain Leprest, un poème de Luc Vidal, la chronique du Professeur Hernandez, quelques critiques de livres et quelques brèves savoureuses. Je vous conseille en particulier la lecture de la chronique assassine de l’ouvrage de Sylvain Tesson que j’avais encensé ici et le billet de Mgr Albillo qui vous propose avec humour quelques « saints à invoquer sans que cela nuise à votre réputation ».

De mon coté, on m’a confié la rubrique BD et littérature de jeunesse. Rien de compliqué puisque je ne fais que reprendre des textes parus sur ce blog. Il y a quand même quelques contraintes. Il m’a fallu réaliser un petit travail de réécriture pour respecter le nombre de signes imposés par la maquette.

Une nouvelle expérience donc. Je m’y lance avec d’autant plus de plaisir que cette modeste publication est due à l’initiative de Roger Wallet, un écrivain que j’adore et que j’ai eu la chance de côtoyer quotidiennement pendant de nombreuses années.

Allez, assez causé. Je vous laisse découvrir ce premier numéro et vous donne rendez-vous dans 15 jours pour la suite.

PS : Si vous souhaitez recevoir la revue à chaque parution, il vous suffit de m’envoyer votre demande par mèl. 


Télécharger le N°1 au format pdf.




dimanche 15 janvier 2012

Maintenant que j’ai 50 ans - Bulbul Sharma

Sharma © Picquier 2011
Les femmes des histoires de Bulbul Sharma viennent de fêter leurs 50 ans et sont indiennes. Pour chacune d’entre elle, cet anniversaire constitue un moment charnière. Rano, martyrisée par une immonde belle-mère, a dû attendre la mort de cette dernière pour connaître la liberté. Pour une autre, la cinquantaine a coïncidé avec le départ de son mari, parti roucouler avec son secrétaire Monty. Mahun, elle, a quitté son époux afin de s’émanciper. Suhda, veuve, a brisé les convenances et choqué sa belle famille en fréquentant un homme rencontré au parc. De son coté, Madhu découvre son conjoint dans les bras de prostitués pendant un séjour en Thaïlande censé célébrer leur anniversaire de mariage tandis que Meera refuse catégoriquement toute union, au grand désespoir de sa mère…

Onze nouvelles où Bulbul Sharma déroule cette petite musique si agréable qui la caractérise. Les femmes qu’elle met en scène sont pour la plupart issue d’une bourgeoisie cossue. Les enfants ont quitté la maison, le mari (quand il y en a un) est depuis longtemps indifférent et les belles mères sont immondes. Certes, ce demi-siècle n’est pas forcément synonyme de « cinquantièmes rugissants ». Ces femmes restent de bonnes hindoues respectueuses des traditions mais leur forte personnalité est une porte d’entrée vers l’épanouissement. Difficile cependant d’avoir sa propre existence quand on ne travaille pas et que l’on ne dispose pas de l’argent du ménage. Pas question non plus de divorcer, là encore, le traditionalisme l’emporte. Il n’empêche, ce basculement de « l’après 50 ans » sonne comme une révélation : et si la vie ne faisait que commencer ?

Les différents textes ne sont pas du tout redondant. Certains jouent sur le registre de l’humour, d’autres sont plus graves. Tous sont traversés par quelques notes de poésie permettant de relativiser des situations parfois difficiles. Autre constante, les femmes du recueil se révèlent aussi sympathiques qu’attachantes. Il leur aura fallu attendre cinquante ans pour briser les carcans et écouter leurs désirs, pour comprendre aussi que leur pays a changé doucement et que les pratiques d’antan, si elles restent la panacée, sont de plus en plus bousculées par un souffle de modernité salvateur.


Maintenant que j’ai 50 ans de Bulbul Sharma, Éditions Philippe Picquier, 2011. 210 pages. 17 euros.


Mon avis sur Mangue amère, un autre recueil de nouvelles de Bulbul Sharma.

vendredi 13 janvier 2012

Voilà le facteur !


Mase © Seuil jeunesse 2011
C’est l’hiver. Comme tous les jours, le facteur part à moto vers le village pour faire sa tournée. Alors qu’il pense avoir distribué l’ensemble de son courrier, il découvre au fond de son sac une enveloppe supplémentaire adressée à :
« Mr Goro,
Sous le Grand Hêtre
Au fond de la forêt aux Hêtres
Au bout du bois des Blancs-Bouleaux
Après le pont du Petit-Bond
En haut de la rivière Glouglou
Sur la montagne aux Chênes
Village Au-fond-de-la-vallée »
Voilà donc notre facteur en route vers la montagne aux Chênes pour donner son courrier à ce Monsieur Goro dont il n’a jamais entendu parler. Heureusement, une loutre, un écureuil, un lapin et un renard vont l’aider à trouver son chemin.

Un récit en randonnée mignon comme tout. Pour info, le récit en randonnée est une structure narrative particulière où, entre une situation initiale et une situation finale clairement identifiées, un personnage multiplie les rencontres. Si vous y prêtez attention, vous verrez qu’un nombre incalculable de titres pour les petits utilisent ce schéma narratif, le plus célèbre étant sans doute Roule Galette. Dans certains albums, la randonnée se décline sous forme de répétition, d’énumération, d’élimination ou encore de remplacement. Ici, l’histoire joue sur le ressort de l’accumulation : chaque nouvel animal vient s’ajouter au précédent jusqu’au dénouement regroupant l’ensemble des protagonistes. Les récits en randonnée sont toujours très simples et très linéaires. Concernant cet album, le trajet du facteur et ses arrêts successifs à chaque lieu-dit mentionés sur l'enveloppe constituent le fil directeur que l’enfant va suivre de page en page.

Au-delà de ces aspects purement techniques, Voilà le facteur propose une agréable ballade au cœur d’une forêt enneigée où le sens du devoir du postier et l’altruisme des animaux font chaud au cœur. Sans compter que la séquence finale, très réussie, fera forcément sourire. Un ouvrage de saison et plein de charme qui ne demande qu’à être partagé en famille.


Voilà le facteur de Naokata Mase, Seuil jeunesse, 2011. 40 pages. 13,50 euros. A partir de 3 ans.


Mase © Seuil jeunesse 2011

mercredi 11 janvier 2012

Pin-up 10 : Le dossier Alfred H

Yann et Berthet
© Dargaud 2011
1946, aux environs de Los Angeles, un soir d’été. Alors qu’elle rentre chez elle après une filature ratée, la détective privée Dottie Partington percute une jeune femme qui traverse la route paniquée. Avant de tomber dans le coma, la jeune femme supplie Dottie de la protéger du « gros ». Découvrant une ombre qui observe la scène depuis les fourrées, Dottie se lance à sa poursuite, en vain. De retour à sa voiture, elle se rend compte que la victime de l’accident s’est volatilisée.

Deux jours plus tard, Dottie apprend dans le journal que la personne qu’elle a renversée n’est autre que Grace Mac Guffin, une starlette qui terminait le nouveau film d’Alfred Hitchcock et dont tout Hollywood est sans nouvelles. Décidée à tirer les choses au clair, Dotti se fait engager comme doublure par Hitchcock et commence à mener une discrète enquête auprès de l’équipe du film…

Déjà le 10ème tome pour cette série débutée en 1994. Après deux cycles déclinés sous la forme de trilogies (la seconde guerre mondiale et la guerre froide), après un diptyque consacré à Las Vegas et un One shot se déroulant à Hawaï, revoilà la plantureuse Dottie jouant au détective privé à Hollywood. Un régal pour Berthet, toujours aussi à l’aise pour mettre en images cette Amérique de l’après-guerre qu’il apprécie tant. Ses voitures et ses femmes sont somptueuses, la précision de ses décors est minutieuse et son découpage théâtral donne du rythme au récit. De son coté Yann applique toujours la même recette : un brin de cynisme et de cruauté, un soupçon d’humour noir, des rebondissements inattendus, une rencontre entre son héroïne et un personnage ayant réellement existé... Pourtant ici, la mayonnaise a du mal à prendre. Son scénario est trop bavard et les dialogues ne brillent pas par leur qualité. De plus, l’envers du décor hollywoodien qu’il dépeint semble au final bien peu excitant. Le comble pour une série aussi glamour que Pin-up !

Une intrigue emberlificotée où la fin manque cruellement de clarté et un univers qui sonne presque aussi faux que les décors en carton pâte d’un studio de cinéma, voila ce que je retiendrais de cet album. Dommage ! Ce dixième tome beaucoup plus sage que les précédents se révèle donc au final plutôt décevant. Dans une interview au magazine L’immanquable Berthet déclarait : « A titre personnel, même si j’aime beaucoup cette série, je n’ai pas envie d’enchaîner les tomes de Pin-up jusqu’à la fin de ma vie. » A la lecture de ce dernier opus, on comprend que la lassitude puisse le gagner et qu’il ait envie de passer à autre chose.


Pin-up T10 : Le dossier Alfred H. de Yann et Berthet, Dargaud, 2011. 64 pages. 14 euros.

Yann et Berthet © Dargaud 2011






dimanche 8 janvier 2012

Le procès de Valérius Asiaticus

Goudineau © Actes Sud 2011
Rome, 47 après J-C. Des accusations mettent en cause la probité du consul Valerius Asiaticus, un gaulois à la carrière fulgurante qui fut un ami proche de l’Empereur Caligula. Le successeur de ce dernier, Claude, charge la cité de Massalia (Marseille) de mener une enquête indépendante et objective afin de démêler le vrai du faux. C’est le philosophe Charmolaos qui est désigné ambassadeur officiel de Massalia et doit rédiger un rapport circonstancié sur Valérius Asiaticus, sa famille, ses proches, sa fortune et son influence sur certains nobles romains. Après une visite à Vienne, ville natale du gaulois, Charmolaos rend son rapport et est convoqué à Rome par l’empereur pour assister au procès...

Christian Goudineau est professeur honoraire au collège de France, où il a notamment occupé la chaire d’antiquités nationales. Autant vous dire qu’il maîtrise son sujet. Dans une intéressante postface, il précise que parmi les raisons qui l’ont conduit à écrire ce livre figure son exaspération devant « tant de romans historiques fondés sur une documentation indigente, et dont les auteurs sont capables de passer à des rythmes record d’une époque, d’un sujet ou d’un grand homme à d’autres. » Rigueur et précision sont donc ici de mise. L’érudition de l’auteur, disséminée tout au long du texte, est assez passionnante pour peu que l’on s’intéresse à la Gaule romaine et à son fonctionnement. Gastronomie, architecture, cynisme (déjà !) des politiques, place des lettrés dans la société, lourdeur (déjà !) de l’administration… on apprend énormément de choses. Pour autant, l’historien renommé est-il un romancier de talent ? Je suis beaucoup plus sceptique sur ce point.

Le problème, c’est que tout cela est trop feutré. Ça manque de bruit et de fureur, ça manque d’orgies et de luxure. Les mondanités s’enchaînent dans une sorte de ronronnement un peu mou. Nausicaa, la sœur de Charmolaos, semblait être le personnage parfait pour pimenter le récit. Malheureusement, cette jeune femme moderne et excentrique reste au final très sage. Le texte est composé pour l’essentiel de dialogues qui, à la longue, se révèlent fastidieux. De plus, la multiplicité des personnages et la difficulté à identifier clairement leur statut rend à certains endroits la lecture pénible. Il manque ce soupçon de souffle romanesque qui aurait permis de faire de ce récit un ouvrage réellement tout public. Pour autant, je ne ressors pas déçu de ma lecture. Mon but premier était de trouver un roman sur la Gaule romaine à la rigueur historique indiscutable. A ce niveau là, je ne peux qu’être comblé. Maintenant, pour les amateurs de fictions plus mouvementées, je conseillerais davantage la lecture des enquêtes de Marcus Pius ou bien encore celles du beau Kaeso, centurion de la garde prétorienne.

Le procès de Valérius Asiaticus, de Christian Goudineau, Actes Sud, 2011. 430 pages. 23,00 euros.


L'avis de Luocine

Défi "Au coeur de la Rome Antique" de Soukee

vendredi 6 janvier 2012

Marche ou rêve

Laurel et Elric
© Dargaud 2011
Harold, jeune homme rêveur de 19 ans, n’arrive pas à faire l’amour à son amie Claire dont il est pourtant très amoureux. A l’occasion de vacances en Bretagne chez sa grand-mère, il retrouve Jeanne, une copine d’enfance, découvre qu’il a un demi-frère et tombe sous le charme de la jolie Mathilde. Un séjour bref mais extrêmement riche de surprises qui fera vaciller bien des certitudes…

Une lecture pas désagréable avec un univers provincial réaliste et des dialogues plein de fraîcheur. Malgré l’aspect intime du récit l’ensemble reste d’une grande pudeur. Une bonne idée également de mettre en scène le basculement dans le monde des adultes d’un jeune homme resté avant tout un grand enfant.

La simplicité est le maître mot de cet album. Simplicité de l’écriture mais aussi simplicité du trait. Les dessins réalisés à quatre mains par Laurel et Elric sont d’une grande lisibilité et leur aspect « jeunesse » tranche agréablement avec la gravité du propos. Beaucoup de qualités donc et pourtant, j’ai terminé le récit sur une impression mitigée en me disant « tout ça pour ça ? ». Difficile de développer une quelconque empathie pour Harold, un garçon sans relief et trop mollasson. Autre problème, Laurel charge un peu trop la barque niveau scénario : la panne sexuelle, le secret de famille, le coup de foudre en vacances, le père violent, le demi-frère suicidaire et la grand-mère tueuse de chatons qui elle-même meurt la veille du départ de son petit fils, ça fait beaucoup en à peine 80 pages. Trop de choses sont abordées de manière superficielle, il y a un vrai manque d’épaisseur. Et puis la fin est sans aucun intérêt. A la limite, si un second tome était prévu, cette fin abrupte pourrait passer mais à priori, Marche ou rêve est un one shot.

Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai perdu mon temps avec cet album, ce serait manquer de respect pour le travail des auteurs. Néanmoins, il ne me laissera pas un souvenir impérissable, c’est une certitude.


L’avis de Mo’ qui m’a gentiment offert cet album.

Marche ou rêve, de Laurel et Elric, Dargaud, 2011. 80 pages. 12.95 euros.


Laurel et Elric © Dargaud 2011

mercredi 4 janvier 2012

Texas Exil

Daeninckx et Mako
© Emmanuel Proust 2011
Paris, 1871. A quelques jours de la semaine sanglante qui sonnera le glas de la commune, Fulbert Jolras, un insurgé, rencontre l’Andalouse, une femme sublime ayant notamment posé pour le célèbre tableau de Courbet « L’origine du monde ». Leur coup de foudre sera de courte durée car dès le lendemain le communard est gravement blessé sur une barricade. Miraculeusement sauvé par l’un de ses camarades, il embarque après une longue convalescence du Havre vers l’Amérique. Entraîné dès son arrivée à New York dans un braquage qui va mal tourner, Fulbert devient un fugitif recherché dans tout le pays. Après un passage à St Louis et une longue errance vers le sud, il atterrit finalement à Dallas, dans une communauté utopique de français exilés au Texas. C’est au sein de cette communauté devenue depuis peu la 46ème section de l’Association Internationale des Travailleurs que Fulbert se lance dans l’industrie de la conserve, où il fera fortune

Quelle densité ! Faire tenir en 120 pages une vie aussi riche est un véritable exploit. Heureusement, Didier Daeninckx n’est pas né de la dernière pluie. Il sait y faire, le bougre, pour installer une histoire et lui donner du souffle. Comme à son habitude, il prête une couleur très sociale à son propos et ne cesse de mêler la petite et la grande histoire. La trajectoire de Fulbert est de l’ordre de l’imaginaire mais nombre de personnages qu’il croise au cours de son existence sont eux bien réels : Mohamed Ben Ali, son camarade insurgé d’origine africaine, Courbet, Auguste Renoir, Jules Allix, le maire du IXème arrondissement de Paris ou encore Ben Long, élu maire de Dallas en 1872. De même, certains éléments relatés se sont vraiment déroulés : la Commune, évidemment, mais aussi la manifestation de l’Internationale des Travailleurs à New York le 17 décembre 1871 ou la communauté utopique baptisée La Réunion et créée par des Français à Dallas au début des années 1850. D’ailleurs, aujourd’hui encore, un quartier de la ville a gardé le nom (en français) de cette communauté. Les tatillons pointeront du doigt les grosses ficelles scénaristiques qui viennent, ici ou là, relancer l’intrigue de manière un peu artificielle. Personnellement, j’ai préféré fermer les yeux sur ces quelques improbables coïncidences pour mieux me laisser mener par le bout du nez jusqu’à la dernière page.

Pour ce qui est du dessin, le noir et blanc de Mako est aussi généreux que puissant. Beaucoup de détails, des scènes de fusillades rendues limpides par un découpage d’une redoutable efficacité, bref du très beau travail.

Prévu au départ pour être une série, Texas Exil a été interrompue après le premier tome publié en 2005 sous le titre de Bravardo. Cette réédition en noir et blanc, complétée et retravaillée, permet aux lecteurs de la première heure de connaître enfin la conclusion de l’histoire. Finalement, l’échec de la mouture initiale aura été un mal pour un bien tant ce one shot romanesque à souhait y a gagné en intensité. Certes pas un chef d'oeuvre mais une bonne BD d'aventure qui ravira les amateurs du genre.


Texas Exil, de Didier Daeninckx et Mako, Éditions Emmanuel Proust, 2011. 120 pages. 16.90 euros.


Daeninckx et Mako © Emmanuel Proust 2011




mardi 3 janvier 2012

Le premier mardi, c'est permis (3) : Mona, agent X T1

Scacchia et Hopkins
© Blanche 2011
Non mais vous avez vu cette couverture ? Franchement, difficile de trouver mieux. Y a pas, le marketing, quand c’est bien fait, ça marche à tous les coups. Je déambulais tranquillement au rayon philosophie de ma librairie préférée en quête d’un ouvrage à présenter pour ma troisième participation au rendez-vous de Stephie quand je suis tombé en arrêt devant cette charmante jeune femme (bon j’avoue, je m’étais un peu éloigné de la philo, genre une dizaine de mètres, pour me retrouver les yeux en l’air à passer en revue tous les titres de BD « adultes », mais c’est un détail sur lequel il n’est pas nécessaire de s’éterniser).

Avec une couverture pareille, ce n’est pas le genre d’album que l’on prend le temps de feuilleter dans les rayons. Je suis connu comme le loup blanc dans cette librairie et chacun sait que je tiens à ma respectabilité. C’est aussi pour cela qu’avant d’aller payer, j’ai coincé Mona entre un Ducobu pour ma grande et un album de l’école des loisirs pour ma petite dernière, histoire de noyer le poisson. Le passage en caisse n’a été qu’une formalité. Comme quoi, c’est facile pour toute personne respectable d’acheter une BD porno ni vu ni connu !

Bon c’est bien gentil tout ça, mais il se passe quoi derrière la couverture ? Mona est une jeune fille plantureuse et idéaliste qui, après avoir perdu la finale d’un jeu de télé réalité genre Secret Story, déprime sérieusement. Il faut dire qu’elle a trouvé son chéri en galante compagnie en rentrant chez elle et qu’elle s’est brouillée avec sa meilleure copine, nymphomane invétérée. Mona, elle, serait plutôt du genre sainte nitouche. Alors quand elle se rend à un entretien d’embauche et quelle tombe en pleine partie de jambes en l’air, il y a comme un malaise. Ecœurée, décidée à quitter ce monde cruel, Mona s’apprête à se jeter du haut d’un pont quand soudain...

Des années que je n’avais pas lu un navet pareil ! Tous les clichés du mauvais porno sont ici enfilés (si je puis dire) comme des perles : Mona l’oie blanche découvre des couples en pleine action dès qu’elle ouvre une porte. Mona la naïve tourne un film hard sans s’en rendre compte. Mona, devenue femme fatale et objet de désir, est transformée en agent spécial au service d’une obscure officine. On saupoudre tout ça avec quelques scènes lesbiennes, un peu de SM soft et une partouze finale et le tableau est complet.

Niveau dessin, l’italien Alessandro Scacchia rend une copie correcte, sans plus. Pour les connaisseurs, il est dans la veine de ses nombreux compatriotes ayant œuvré sur la série Selen. Heureusement, sa couverture sauve les meubles. D’ailleurs pour me convaincre que je n’ai pas jeté mon argent par les fenêtres en achetant cet album, je n’ai plus qu’à l’encadrer et à l’accrocher sur un mur de ma chambre. C’est ma femme qui va être contente !


Mona, agent X T1 : Premières armes, d’Alessandro Scacchia et Betty Hopkins. Éditions Blanche, 2011. 48 pages. 14,50 euros.

Scacchia et Hopkins © Blanche 2011