vendredi 18 août 2017

Zabor ou les psaumes - Kamel Daoud

« Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l’immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire ».

Zabor a un don. On fait appel à lui « pour contrer la dernière page d’une vie avec la première page écrite de [sa] main ». En écrivant, il prolonge l’existence de celui dont il couche l’histoire sur les lignes de ses cahiers. Dans son village perdu à la frontière du désert, il est une bête curieuse : 30 ans, célibataire, vierge, non circoncis, mère morte en couches, rejeté par son père sur l’insistance de sa belle-mère, élevé par sa tante dans une grande maison vide auprès d’un grand-père mutique, Zabor ne mange pas de viande, dort le jour et sort la nuit.

Un soir, l’un de ses demi-frères vient le chercher. Leur père est au plus mal et lui seul peut retarder l’échéance. Mais arrivé près du mourant, le garçon est incapable de trouver les mots. Pour la première fois, il hésite et se demande s’il doit exercer son don et sauver la vie de celui qui l’a abandonné.

Kamel Daoud compose une fable habitée par le monologue intérieur fiévreux d’un homme trouvant dans la force des mots un remède à l’ignorance et à l’obscurantisme. La narration est dense, heurtée, gonflée par « le torrent d’un récit unique, sans queue ni tête, qui emporte dans son cours violent des murs, des portiques, des odeurs de café moulu ou des mystères d’aisselles féminines, des couleurs de robes, des amandiers étincelant en jet d’eau pétrifiée, qui mêle des dates de naissance, des prénoms et des mains dans une crue totale et ravageuse ».

Un texte magnifique, traversé par de très belles pages sur l’éblouissement devant l’infinie diversité offerte par les livres, cette entrée dans « une sorte de terrain vague parsemé de nouvelles pierres ». Zabor est un roman engagé, politique, qui dit les pouvoirs de la lecture et de l’écriture, la richesse de la langue française face à la pauvreté de la langue vernaculaire, la supériorité de la littérature sur « le livre sacré » dont on apprend les sourates par cœur mais qui n’est « jamais expliqué, commenté ou raconté ». Un hommage à la force de l’imaginaire et à son absolue nécessité, aussi intense que puissant.

Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud. Actes, 2017. 330 pages. 21,00 euros.





jeudi 17 août 2017

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

Sa mère l’a abandonné alors qu’il avait 11 ans. Elle a disparu et n’a jamais donné la moindre nouvelle. Vingt ans plus tard, Samuel est devenu prof d’anglais dans une petite université. Il reçoit un coup de téléphone d’un avocat lui annonçant que sa génitrice a été arrêtée pour avoir agressé en public un candidat à la présidentielle. L’avocat lui demande d’écrire une lettre de soutien pour plaider sa cause. Hors de question pour Samuel, qui voit au contraire dans cette affaire une occasion de prendre sa revanche. Devant honorer un contrat avec un éditeur sous peine de se voir traîner en justice, il décide d’écrire un livre à charge sur cette mère indigne dont l’histoire passionne les médias. Pour mener son projet à bien il va devoir remonter le fil d’une destinée familiale mouvementée où subsistent beaucoup de zones d’ombres, quitte à réveiller quelques fantômes depuis longtemps endormis.

Un premier roman américain de plus de 700 pages et un deuxième pavé de l’été pour moi. 700 pages pour emmener le lecteur du Chicago d’aujourd’hui au New-York post 11 septembre, des émeutes étudiantes des années 60 à la Norvège des années 40. L’enfance de Samuel, son amitié avec Bishop balayée par la guerre en Irak, son histoire d’amour impossible avec Bethany la violoncelliste, la jeunesse de sa mère étudiante, le passé mystérieux de son grand-père, des personnages secondaires sur lesquels on s’attarde longuement comme Pwnage l’accro aux jeux en ligne ou la vicieuse Laura Pottsdam. Les fils narratifs se croisent, s’éloignent, se coupent subitement ou se rejoignent définitivement avec une virtuosité qui force l’admiration.

Un roman fleuve hyper construit et hyper maîtrisé. C’est drôle, cynique, terriblement lucide et sans la moindre illusion pour l’Amérique actuelle. Quelques bémols tout de même. Certaines longueurs (logique), les passages sur la jeunesse de la mère que j’ai trouvés moins passionnants et une ficelle romanesque avec le personnage du juge un peu trop grosse pour être totalement crédible. Mais je pinaille. Tomber sur un auteur de 39 ans capable de trousser un premier roman aussi ambitieux et aussi abouti ça n’arrive pas tous les jours alors autant ne pas bouder son plaisir. A l’évidence un des titres événements de cette rentrée littéraire, nul doute que l’on va beaucoup en entendre parler.

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill (traduit de l’anglais par Mathilde Bach). Gallimard, 2017. 720 pages. 25,00 euros.





mercredi 16 août 2017

La cire moderne - Vincent Cuvellier et Max de Radiguès

A la mort de son oncle, Manu hérite du stock de cierges de sa société La cire moderne. « Un très  beau patrimoine » selon le notaire qui n’inspire pourtant pas grand-chose au jeune homme, plus habitué à fumer des pétards qu’à fréquenter les églises. Accompagné de sa petite amie Sam et de Jordan, le frère lourdingue de cette dernière, Manu charge les cartons de cierges dans un combi Volkswagen et part faire le tour des paroisses  pour écouler le stock, avec l’idée de s’offrir une fois sa tournée achevée des vacances au Maroc. Mais en chemin « l’héritier » est frappé par la foi. Il n’a rien vu venir et cette hôte inattendue va bouleverser ses projets et ses certitudes.

Vincent Cuvellier et Max de Radiguès, une association inédite dont j’attendais beaucoup et qui ne m’a pas déçu. Leur road trip atypique, d’abord léger, vire au cheminement spirituel avec un naturel désarmant. Manu, Sam et Jordan sont de touchants jeunes d’aujourd’hui. Nonchalants, je-men-foutistes, fêtards et prenant la vie comme elle vient sans se poser de questions. Leur trio fonctionne à merveille, c’est dynamique, drôle et surtout très réaliste. Les dialogues sonnent juste, la narration est fluide, portée par un dessin en noir et blanc et un découpage d’une parfaite lisibilité.

Vincent Cuvellier aborde le sujet de la conversion loin de tout prosélytisme. Il parle de sexualité et de religion sans sombrer dans la caricature et épargne au lecteur des bondieuseries qui n’auraient pu qu’alourdir son propos. Sous le vernis de la légèreté apparaît au final une vraie profondeur de réflexion, c’est incontestablement la plus grande réussite de cet album inclassable.


La cire moderne de Vincent Cuvellier et Max de Radiguès. Casterman, 2017. 158 pages. 16,95 euros.


PS : un grand merci et un gros bisou à celle qui a eu la gentillesse de m'offrir cet album.








dimanche 13 août 2017

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants ».  Tout le fil conducteur du roman repose sur ce constat je trouve.

1918. Albert et Edouard ont échappé à la grande boucherie. Miraculeusement. Mais non sans dommages. Albert a failli mourir enseveli dans un trou d’obus et Edouard a eu le visage à moitié arraché en lui portant secours. Sortis du conflit sans un sou et sans la moindre reconnaissance de la nation, ils vivotent, ensemble, dans un boui-boui parisien minable en tirant le diable par la queue. Condamnés à l’exclusion, les « héros » devenus parias vont se venger en imaginant une arnaque aussi cynique qu’immorale.

Après Confiteor l’an dernier, Au revoir là-haut est mon pavé de l’été. On m’avait prévenu que ce pavé n’avait pas la complexité et la profondeur de son illustre prédécesseur et je dois bien reconnaître que l’on ne m’avait pas menti. Pour autant, je n’ai pas boudé mon plaisir. Pierre Lemaitre offre un roman historique documenté, ambitieux et plein de souffle. Il prend le temps de déployer son intrigue, de creuser la psychologie de ses personnages et de tisser avec minutie les fils reliant chacun d’entre eux.

Un roman à l’ancienne, digne héritier des romans-feuilletons du 19ème siècle. Un roman engagé, antimilitariste, anticapitaliste, antipatriotique même (du moins dénonçant une certaine forme de patriotisme), avec ses bourgeois caricaturaux, ses chefs d’entreprise uniquement guidés par l’appât du gain, ses poilus revanchards  et son salaud de service, lui aussi caricatural, mais tellement haïssable qu’on se délecte de son inévitable chute.

De la littérature populaire dans le meilleur sens du terme, comme on en voit de moins en moins à l’heure de l’autofiction, du feelgood ou de la pseudo romance-érotico-sadomaso.  Une lecture rare et précieuse en somme, et un parfait pavé de l’été.

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Le livre de poche, 2015. 665 pages. 11,50 euros.





mercredi 9 août 2017

Tokyo Alien Bros T1 - Keigo Shinzô

Fuyunosuke et Natsutarô ne sont pas des japonais comme les autres. Agissant sous couverture, ces deux extraterrestres ont été envoyés sur terre pour déterminer si leur race pourrait s’y installer. Fuyunosuke, dans la peau d’un étudiant au charisme ravageur, s’est rapidement intégré mais Natsutarô a plus de mal avec le mode de vie humain où beaucoup de choses lui semblent inutiles (les animaux domestiques, les parcs d’attraction, les rendez-vous galants ou les photos souvenir par exemple). Surtout, ses maladresses à répétition pourraient faire capoter leur mission et mettre à mal leur couverture.

Rien d’original au départ : des extraterrestre qui s’apprêtent à coloniser la terre, découvrent notre planète et sont horrifiés par les comportements humains, on a déjà vu ça mille fois. Mais Keigo Shinzô sort du registre de la SF pure pour donner dans l’étude de mœurs et surtout pour jouer sur la différence de sensibilité de son duo d’aliens. Le résultat est excellent, on se régale de l’enchaînement de scènes cocasses où l’humour n’est jamais lourdingue. La naïveté et le stress de Natsutarô sont en permanence contrebalancés par la nonchalance de Fuyunosuke et toute l’intrigue repose sur cet équilibre fragile.

Le dessin est simple, lisible, jamais surchargé ni brouillon, fluide et efficace comme savent souvent l’être les mangas.

A l’évidence pas une série à l’ambition démesurée mais une lecture des plus agréables, légère et fraîche comme une citronnade en plein été. Un livre de saison en somme (enfin, uniquement si vous vivez ou passez vos vacances dans le sud-est. Parce que pour les autres régions, cet été a des airs de Toussaint).

Tokyo Alien Bros T1 de Keigo Shinzô. Le Lézard Noir, 2017. 222 pages. 13,00 euros.





mercredi 26 juillet 2017

Les lectures de Charlotte (41) : L’ourse - José Ramon Alonso et Lucia Cobo

La couverture annonce la couleur. Des illustrations très grand format, somptueuses, s’étalant sur des doubles pages pour raconter l’arrivée de l’automne et suivre une ourse qui s’enfonce dans la forêt, dévore les derniers fruits de l’été et s’installe confortablement pour passer l’hiver. Quand le printemps revient, elle se réveille et « sent que son ventre s’agite, mais ce n’est pas la faim »…

Superbe. Pas besoin de chercher d’autres qualificatifs à cet album magnifique au texte minimaliste dont l’immensité du décor dit bien plus que les mots. L’ourse elle-même est tellement grande qu’elle entre parfois difficilement dans le cadre. Un régal pour les yeux et une ode au cycle de la vie et de la nature.




Ecrit par un biologiste espagnol, cet ouvrage offre une succession de tableaux alliant contemplation, poésie et informations relevant presque du documentaire. Un mélange étonnant dont le résultat est tout simplement bluffant.



L’ourse de José Ramon Alonso et Lucia Cobo. Didier, 2017. 32 pages.  14,20 euros. A partir de 4 ans.








vendredi 21 juillet 2017

Personne ne gagne - Jack Black

Ah, le pied ! Un voyage dans l’Amérique des années 1890 à 1910, un voyage au milieu des voleurs et des vagabonds. Un voyage clandestin dans les trains de marchandise, une vie sur les routes poussiéreuses de l’ouest, une vie de larcins, de repas frugaux partagés avec des compagnons d’infortune devant un feu de camp, de nuits passées à la belle étoile ou dans des pensions crasseuses. Une vie d’alcool, de violence et d’opium, le pied quoi.

Jack Black a mené cette vie d’errance, entrecoupée de nombreux passages derrière les barreaux. Né en 1871, il a connu les saloons, les prostituées, les joueurs de poker à la gâchette facile. Surtout, il a suivi la trace des hobos sur les chemins de traverse d’un pays sortant à peine de la sauvagerie du Far West. Devenu cambrioleur puis opiomane, il côtoie des perceurs de coffres, enchaîne les bons et les mauvais coups, est condamné à 25 ans de pénitencier, s’évade plusieurs fois, subit en prison l’épreuve du fouet et de la camisole de force, les passages à tabac et les privations. En 1916, on lui tire une balle dans le ventre à bout portant. Il s’en sort miraculeusement et profite de sa convalescence pour coucher sur le papier son parcours sinueux.

Personne ne gagne n’est donc pas une fiction. C’est une autobiographie, un témoignage sur une époque depuis longtemps révolue. Jack Black est un bourlingueur touché par « la malédiction du sang nomade ». Un cambrioleur itinérant fréquentant une faune interlope traversée par une même philosophie basée sur le respect de la parole donnée et une inébranlable solidarité.

Un récit sans temps mort où les événements s’enchaînent à une vitesse folle, qui ne brille certes pas par son écriture sans grand relief et peut paraître parfois répétitif (cambriolage – arrestation – jugement – prison - remise en liberté – cambriolage – arrestation – jugement - prison, etc.) mais reste au final un fabuleux regard porté sur un univers de marginaux, camés, putains, rebelles, assassins, voleurs ou arnaqueurs qui représentent la face sombre de l’Amérique à l’aube du 20ème siècle. Forcément j’ai adoré, cela ne surprendra personne, et je m’y suis senti bien plus dans mon élément que chez Barbara Pym par exemple.

Personne ne gagne de Jack Black. Monsieur Toussaint Louverture, 2017. 470 pages. 11,50 euros.

PS : si vous souhaitez découvrir d’autres textes sur les hobos, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’excellent Boxcar Bertha de Ben Reitman (adapté au cinéma par Martin Scorcese en 1973), mais aussi du percutant Il ne pleuvra pas toujours d’Edward Anderson ou encore de l’autobiographique Ombres d’hommes de Jim Tully qui vient tout juste de sortir aux éditions Lux.








mercredi 19 juillet 2017

L’adoption T2 : La Garua - Zidrou et Monin

A la fin du premier tome, un événement aussi soudain qu’inattendu avait fortement changé la donne : finie l’histoire émouvante d’un bouleversement affectif changeant Gabriel, un grand-père acariâtre, en gros nounours mielleux. Finie la touchante adoption d’une petite fille venue d’Amérique du Sud par une famille belge aimante.

Au début de ce second volume Gabriel débarque au Pérou pour revoir Qinaya, sa petite fille d’adoption repartie dans son pays de naissance. Les retrouvailles n’ont rien de glorieuses et Gabriel comprend que la fillette n’a pas gardé grand souvenir de son passage en Europe. S’apprêtant à reprendre l’avion, le vieil homme rencontre Marc, un compatriote avec  qui il va passer la soirée…

Passé de la guimauve à l’aigre doux, j’adore ça. Ici Zidrou, égal à lui-même, apporte une touche d’acidité bienvenue. Une fois encore la relation père-fils est au cœur du récit. Pas de façon frontale et caricaturale mais avec une finesse et une lucidité qui font mouche.

Un album mélancolique porté par des dialogues ciselés et des dessins lumineux tout en sobriété. Une fois encore Zidrou prouve qu’il n’y a pas besoin d’en faire des caisses pour faire naître l’émotion. Une conclusion à la hauteur de ce diptyque débordant d’humanité.

L’adoption T2 : La Garua de Zidrou et Monin.  Bamboo, 2017. 72 pages. 14,90 euros.


Mon avis sur le tome 1




lundi 17 juillet 2017

Vagabond - Franck Bouysse

L’homme joue du blues chaque soir dans un troquet minable. Il se traine jusqu’à sa chambre d’hôtel encore plus minable après avoir picolé comme un trou. L’homme ne se remet pas d’une rupture survenue des années plus tôt. Alicia est restée gravée en lui. Indélébile. Une Alicia qui vient de réapparaître dans son univers. Elle va se produire sur scène dans sa ville. Alors l’homme décide d’assister au concert de celle qui lui a essoré le cœur. Tant pis si la cicatrice risque de saigner de plus belle, tant pis si une catastrophe survient.

L’adorable personne qui a eu la gentillesse de m’offrir ce livre a pensé à juste titre qu’il avait tout pour me plaire. Un auteur que j’apprécie, du blues, de l’alcool, un environnement sombre, des références à Robert Johnson, Bukowski ou Carver, c’est tout ce que j’adore. Et pourtant je n’ai pas aimé ce petit texte d’à peine 100 pages. Du tout même. Trop de clichés, trop d’incohérences dans des détails qui m’ont pourtant sauté aux yeux. Au final je n’ai pas relevé grand-chose de crédible,  j’ai trouvé l’ensemble surjoué et, cerise sur le gâteau, pas franchement bien écrit. Petit exemple avec ce dialogue tellement peu « naturel » qu’il m’a bien fait rire alors que ça ne devait à l’évidence pas être le but.




Bref, une vraie déception. Et la généreuse blogueuse qui me l’a offert n’a pas à avoir de regrets, j’aurais moi aussi acheté ce livre les yeux fermés si j’étais tombé dessus dans une librairie.

Vagabond de Franck Bouysse. La manufacture des livres, 2017. 130 pages. 8,90 euros.




samedi 15 juillet 2017

La trouille - Julia Billet

Il a peur. Une trouille incontrôlable de sortir après dix mois de taule. Retrouver sa mère qui a toujours été présente pendant sa détention, revoir son copain Fred et peut-être même Élina dont il n’a plus de nouvelles. Il a fini par trouver ses marques en cellule. Une vie dure mais un quotidien réglé comme du papier à musique. Dehors, le monde a tourné sans lui. Dehors, il ne sait pas ce qui peut lui tomber dessus. Dehors, le chemin lui semble tellement plus risqué qu’entre les murs de la prison.

La psy lui propose une sortie en montagne. Avec elle, d’autres détenus, un maton, un guide et un agent de probation. Le but ? Grimper sur un sommet pour y construire un igloo. Réapprendre à vivre au grand air, apprécier le silence et l’immensité des espaces naturels. Il dit oui sans trop savoir dans quoi il s’embarque, sans savoir que ce qui va se passer sur les hauteurs restera « tatoué bien plus profond que [sa] peau ».

Un nouvel éditeur jeunesse qui se lance avec pour ambition de proposer aux enfants et adolescents « des livres pour développer leur sens critique et pour rêver un monde qu’ils méritent », ça me parle. Julia Billet (auteure de « La guerre de Catherine » à l’école des loisirs adapté récemment en BD chez Rue de Sèvres) signe ici un texte court et percutant où le « je » du narrateur exprime à la fois ses doutes, ses peurs et ses espoirs. La construction de l’igloo symbolise un avenir plein de promesses : « Comme si ce bâtiment de glace allait faire de nous des bâtisseurs pour qui tout sera possible par la suite ».

Un roman jeunesse d’une grande humanité qui aborde le sujet sensible de la réinsertion sans poncif ni angélisme. Et un éditeur à suivre de très près, c’est une évidence.

La trouille de Julia Billet. Le calicot, 2017. 64 pages. 9,00 euros. A partir de 13 ans.




jeudi 13 juillet 2017

Des femmes remarquables - Barbara Pym

Une lecture à contre-courant. Tellement pas mon truc les turpitudes de la midddle class anglaise de l’après-guerre. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Mildred, la narratrice, vieille fille se qualifiant elle-même « d’inutile », ne vend pas du rêve.

Mildred est une trentenaire célibataire travaillant à mi-temps et consacrant le reste de son temps à sa paroisse. Une paroisse dirigée par un pasteur qui vient de céder aux avances d’une veuve pendant que dans l’immeuble de Mildred s’installe Helena, une anthropologue dont le mari Rocky, soldat, va bientôt revenir d’Italie. Le couple n’est pas un modèle de vertu, Helena semblant attirée par son collègue Everard Bone et Rocky ayant multiplié les conquêtes pendant son passage sous les drapeaux. Mildred observe les comportements des uns et des autres. Elle est souvent associée malgré elle aux événements et doit constamment prendre parti. Son cas personnel ne semble pas intéresser grand monde et si Rocky ne la laisse pas insensible, elle ne se fait pas la moindre illusion quant à la suite de leur relation.

Outch ! Voila ce que j’ai pensé au départ. Une grenouille de bénitier qui passe son temps à boire du thé et à échanger des cancans, à préparer des ventes de charité et à entretenir son intérieur, c’est au-delà de ce que je peux supporter. Mildred est le genre de personne dont le cœur se réchauffe « à la pensée des êtres si bons et si simples qui [mènent] une existence peu compliquée ». Rien que ça. Rock'n Roll la Mildred !

Et pourtant j’ai lu le roman jusqu’au bout. Sadomasochisme ? Même pas. En fait, je ne me suis pas ennuyé une seconde avec l’ennuyeuse Mildred. Parce que le récit est traversé par un humour typiquement british et une pointe d’ironie aussi discrète que malicieuse. Parce que Barbara Pym, ayant elle-même étudié l’anthropologie, propose une étude de mœurs où elle observe par le petit bout de la lorgnette le quotidien de gens ordinaires et que j’aime cette façon de procéder. L’intrigue est réduite à son strict minimum, c’est indéniable, mais l’intérêt réside dans cette observation méticuleuse à la fois sans concession et pleine de tendresse. Un roman qui vaut surtout pour son ambiance, ses dialogues et son flegme si britannique.

Au final je ne suis pas mécontent d'avoir nagé à contre-courant. Et je suis surtout ravi d’avoir enfin découvert la plume pleine de charme de Barbara Pym.

Des femmes remarquables de Barbara Pym (traduit de l'anglais par Sabine Porte). Belfond, 2017. 320 pages. 17,00 euros.




mardi 11 juillet 2017

Les beaux étés T3 : Mam'zelle Estérel - Zidrou et Jordi Lafebre

Après 1973 et 1969, on continue à remonter le temps avec la famille Faldérault.

 1962. Une fois encore les vacances s’annoncent et Pierre va inaugurer la nouvelle 4L flambant neuve offerte par son beau-père. Des beaux parents qui s’invitent dans leurs bagages, direction Saint-Etienne. Pas franchement un séjour de rêve tant belle-maman, cassante et rabat-joie au possible, plombe l’ambiance. Et puis Pierre et sa femme pensaient que le passage dans la Loire ne serait qu’une étape avant de pouvoir filer vers la grande bleue et planter les tentes au grand air. Or, ils apprennent en arrivant à l’hôtel que les chambres ont été réservées (par belle-maman bien sûr) pour toute la durée des vacances…

Pas d’action, pas de franche rigolade, pas d’événements majeurs. Avec les Beaux été on s’installe, on profite des dialogues ciselés de Zidrou, du dessin plein de charme de Jordi Lafebre et on sourit. Beaucoup. Un sourire qui ne nous lâche pas de la première à la dernière page.

Une série qui déborde de tendresse et joue avec subtilité sur la corde sensible sans en rajouter. L’époque est restituée à merveille, tant au niveau des décors que des vêtements. Les personnages sont attachants, les enfants craquants et on déroule une pelote de petits riens, de contrariétés sans conséquence et de bonheurs simples qui font du bien. Voilà, c’est ça. Un album qui fait du bien. Ni plus ni moins. Et bordel que j’en avais besoin !

Les beaux étés T3 : Mam'zelle Estérel de Zidrou et Jordi Lafebre. Dargaud, 2017. 56 pages. 14,00 euros.

M on avis sur le tome 1. Et sur le tome 2.



dimanche 9 juillet 2017

Les lectures de Charlotte (40) : Tu m’attraperas pas ! - Timothy Knapman et Simona Ciraolo

Jackie est rapide. Très rapide même. C’est simple, Jackie est la souris la plus rapide du monde. Personne n’arrive à l’attraper. Ni le renard, ni le loup, ni l’ours, et encore moins Tom le vieux chat. Jackie se sent à l’abri du danger, Jackie déborde de confiance, jackie fanfaronne. Mais c’est bien connu, l’excès de confiance n’est pas un signe d’intelligence. Et la souris la plus rapide du monde devrait se méfier quand elle se frotte à l’adversaire le plus malin du monde…

Une variation de plus sur les relations conflictuelles entre les chats et les souris qui n'est pas sans rappeler le célèbre et fameux "Roule galette". Les dialogues sont savoureux et le dessin nerveux de Simona Ciraolo illustre à merveille la vivacité de Jackie et l’agacement des animaux qui croisent sa route. Le rythme est trépidant, digne des courses folles des protagonistes. Cerise sur le gâteau, la fin cruellement drôle apporte une délicieuse petite pointe d’irrévérence. Inutile de vous préciser que Charlotte adore cet album.



Tu m’attraperas pas ! de Timothy Knapman et Simona Ciraolo. Pastel, 2017. 32 pages. 13,00 euros. A partir de 3-4 ans.





vendredi 7 juillet 2017

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley - Hannah Tinti

« Son corps était couvert de cicatrices rondes : des blessures par balles, qui s’étaient refermées. Un trou dans le dos, un à la poitrine, un troisième près de l’estomac, un quatrième à l’épaule gauche, un autre au pied gauche. Les cicatrices étaient foncées et plissées par endroits, comme si les balles qui avaient pénétré dans le corps de Samuel Hawley s’étaient frayé un chemin de sortie en dévorant sa chair. […] Les cicatrices de Hawley étaient les signes de dégâts antérieurs, qui avaient affecté sa vie bien avant la naissance de Loo. »  

Il y avait les douze travaux d’Hercule, il y aura désormais les douze balles dans la peau de Samuel Hawley. Hannah Tinti s’est d’ailleurs inspirée de l’histoire du fils de Zeux pour imaginer celle de Samuel, père célibataire trimbalant sa fille Loo et une cargaison d’armes à travers les Etats-Unis pour fuir un passé qui, s’il finissait par le rattraper un jour, pourrait faire de sacrés dégâts. Un drôle de personnage ce Samuel, avec ses douze cicatrices formant la cartographie intime d’une vie mouvementée, d’une jeunesse sur le fil du rasoir et de drames ayant laissé, tant dans son corps que dans son esprit, des traces indélébiles.

En s’installant au bord de l’océan à Olympus (Massachussetts) après des mois de cavale, Hawley revient sur les terres de sa défunte épouse Lily. Une épouse qui s’est noyée dans un lac quand Loo n’était encore qu’un bébé. C’est à Olympus qu’Hawley avait alors laissé l’enfant aux soins de sa grand-mère maternelle pendant plusieurs années avant de revenir la chercher brusquement et sans demander son avis à la mamy. Les retrouvailles sont donc plutôt fraîches ente Samuel et son ex-belle-mère. Au fil des mois, Loo apprécie une stabilité de vie qu’elle n’avait encore jamais connue. Le lycée, la plage, un petit boulot de serveuse et un petit copain, l’adolescente se sent bien à Olympus. Pour autant, elle n’est pas dupe et sait que son père cache de lourds secrets. De lourds secrets qui vont bientôt refaire surface et mettre à mal l’équilibre précaire qu’elle semblait enfin avoir trouvé.

N’y allons pas par quatre chemins, ce roman est formidable ! Un bijou de narration échevelée, une succession de scènes d’action et de moment plus intimistes et une relation père fille bluffante de réalisme. Il aura fallu neuf ans à Hannah Tinti pour mettre en forme le parcours de Samuel, pour imaginer cette histoire où se succèdent à chaque chapitre le présent et le passé. On remonte ainsi dans le temps pour voir Samuel encaisser sa première balle, sa seconde, sa troisième et toutes les autres, une par une, dans des conditions toujours plus rocambolesques.

Une sorte de western moderne tonitruant et ficelé de main de maître qui laisse une grande place à l’émotion et parle sans faux semblants de culpabilité, de chagrin et d’amour filial. Il y a très longtemps que je n’avais pas croisé un écrivain possédant un tel talent de conteur. Les personnages sont incarnés, leurs blessures, leur fragilité, leurs faiblesses et leurs erreurs m’ont transporté et laissé sur le carreau, au point que j’ai eu un mal fou à les quitter. Un grand roman, plein de souffle, de violence et de tendresse contenue qui ne pourra qu’emballer les amateurs d’excellente littérature américaine.  

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley d’Hannah Tinti (traduit de l’anglais par Mona de Pracontal). Gallimard, 2017. 450 pages. 23,00 euros.








mercredi 5 juillet 2017

Coup de coeur jeunesse

Saxaoul m'a gentiment invité dans un de ses billets la semaine dernière à présenter mon coup de cœur jeunesse de l'année (scolaire).

J’aurais pu noyer le poisson en vous parlant de LA série que ma grande pépette de 15 ans a dévoré cette année.



Ou bien présenter celles que ma pépette n°2 (12 ans) a élu « séries de l’année » (romans et BD).


Voire même en remettre une couche sur les deux sales gosses que la petite dernière (4 ans) adore et que je lui ai lus en boucle toute l’année.



Il y a aussi le coup de cœur des centaines d’élèves de CM2-6ème avec lesquels j’ai passé bien des heures à parler lecture depuis septembre dernier.




Mais ces livres-là ne sont pas les miens. Et si je ne devais garder qu’un coup de cœur jeunesse à moi et rien qu’à moi, ce serait ce roman lu au moment de sa sortie il y a dix ans et relu le mois dernier à l’occasion de sa réédition. Une relecture avec le même plaisir et la même infinie admiration pour son auteur, qui est à mes yeux un  des plus grands écrivains américains en activité. 



Le premier qui pleure a perdu est une des 11 règles non officielles et non écrites (« mais t’as intérêt à les suivre sinon tu te fais cogner deux fois plus fort ») de la bagarre chez les indiens spokane, une tribu dont fait partie Junior. Un gamin maigrichon et de traviole, myope d’un œil, presbyte de l’autre, qui bégaie, zozotte et est né avec trop de liquide céphalo rachidien à l’intérieur du crâne. Un gamin qui se fait traiter de gogol à longueur de journée et préfère rester chez lui plutôt que de mettre le nez dehors. Une victime allez-vous me dire. LE pauvre gosse par excellence qui fait pleurer dans les chaumières. Sauf que non, pas du tout. Parce que Junior est unique. Il est drôle, fragile, lucide. Il sait qu’il fait partie d’une communauté de gens « tristes, déracinés, fous et méchants ». Il sait que son horizon est bouché, que l’alcool est le seul avenir possible, qu'il va suivre les traces de son père, bourré du matin au soir. Il sait que la misère ne le quittera plus jusqu’à sa tombe, comme tous ceux qui vivent sur la réserve.  

Mais Junior va décider de prendre les choses en main. A sa façon. Pathétique, résignée. Certain de tout foirer et en même temps prêt à ne pas renoncer. Quitte à se mettre les siens à dos. Junior veut intégrer le seul lycée blanc la région. Celui où aucun indien n’a jamais mis les pieds. Et tant pis s’il court à la catastrophe, tant pis si le naufrage est inéluctable.

Un roman formidable d’intensité, d’espoir et en même temps terriblement réaliste. Sherman Alexie est un indien Spokane. Il a écrit (pour les adultes) quelques-unes des plus belles nouvelles que j’ai lues dans ma vie. Il a écrit un premier roman incroyable (Indian Blues), un trhiller tendu comme un string (Indian Killer) et même de la poésie (Red Blues). J'ai lu tous ses livres. Il possède une façon unique de manier l’humour et l’ironie, de mettre le doigt là où ça fait mal sans jamais chercher à forcer le trait. Son regard critique passe à la moulinette et sans distinction le blanc et l’indien, tous deux responsables à leur manière de la situation dramatique dans laquelle se trouve ce dernier. 

On retrouve dans ce roman jeunesse toutes les qualités de ses textes pour adultes. C’est bluffant de maîtrise et d’intelligence, ça pique et en même temps on a l’impression que peu de choses valent la peine d’être prises au sérieux. Junior est un masturbateur compulsif. Junior bande quand l’infirmière du lycée, après lui avoir annoncé le décès de sa sœur, le prend dans ses bras. Junior pleure toutes les larmes de son corps quand son meilleur copain lui casse la gueule et reconnait dans la foulée qu’il a bien fait de l’abandonner en essayant de fuir la réserve. C’est magnifique d’audace, c’est un roman jeunesse qui se tamponne des modes et des codes. C’est un roman jeunesse qui ose montrer la vie dans toute son injustice, sa beauté et ses drames avec une liberté de ton inimitable. Et c’est tout simplement un de mes romans jeunesse préférés. Bien plus qu’un coup de cœur de l’année en somme.       

Le premier qui pleure a perdu de Sherman Alexie. Albin Michel jeunesse, 2017. 280 pages. 14,50 euros. A partir de 13 ans.







mardi 4 juillet 2017

Bianca - Guido Crepax

Un gigantesque trip sous acide, voila à quoi me fait penser Bianca. Cette intégrale regroupe l’ensemble de ses voyages oniriques. Pensionnaire dans une institution pour jeunes filles, Bianca plonge chaque nuit après s’être endormie dans un monde où elle passe son temps à se faire attacher, fouetter, caresser, déshabiller ou trainer en laisse. Bianca la soumise est souvent à quatre pattes, Bianca la mutique est une proie entre les mains de celles et ceux qui usent et abusent de son corps, mais Bianca la docile ne serait-elle pas, au final, celle qui mène la danse ?

Guido Crepax a commencé sa carrière en illustrant des pochettes de disques de jazz. Son récit ressemble à une grande impro musicale aussi spontanée qu’incontrôlable laissant l’imaginaire prendre le pouvoir. Sorti en 1970, le premier album de Bianca a tout du délire psychédélique mâtiné de sadomasochisme et saupoudré d’une belle dose de saphisme.

Autant l’avouer, je n’ai pas vraiment compris le but de ce délire. Bon, ok, je n’y ai même rien pigé du tout. Mais on s’en fiche. Car l’essentiel est ailleurs. Dans le noir et blanc élégant et ultra sophistiqué d’un maître de la bande dessinée érotique mais aussi et surtout dans la plastique d’une héroïne à la classe folle. Bianca aimante les regards, elle est le seul et unique centre d’attention, tout ce qui gravite autour d’elle n’est qu’accessoire, tant les personnages secondaires que les décors et l’histoire elle-même. D’ailleurs, pour le regretté Wolinski, Bianca possédait les plus belles fesses de la BD. Perso, je lui préfère celles de Druuna mais clairement, il y a match entre les deux !

Loin d’une pornographie gratuitement bestiale, Crepax privilégie la suggestion et l’esthétique, menant sa barque en toute liberté pour créer un univers délicieusement sulfureux. Culte et incontournable pour les amateurs du genre.

Bianca de Guido Crepax. Delcourt, 2017. 272 pages. 22,95 euros.







dimanche 2 juillet 2017

Les lectures de Charlotte (39) : Mais que font les parents la nuit ? - Thierry Lenain et Barroux

Sofia se demande ce que font ses parents pendant qu’elle dort la nuit. Elle pense qu’ils regardent des dessins animés, qu’ils se goinfrent de gâteaux et de bonbons, qu’ils se transforment en monstres pour aller dans le pays où il y a plein de dragons, qu’ils font la fête avec des copains ou bien d’autres choses encore. A chaque proposition ses parents répondent par la négative avec d’indiscutables arguments. Alors, pour être certaine d’obtenir la réponse à sa question Sofia n’a qu’une seule solution…

Un album rigolo au texte plutôt simple qui vaut surtout pour les superbes double pages fourmillant de détails d’un Barroux très inspiré. Ce dernier met en lumière avec malice l’imagination débordante d’une petite fille trop choupi avec son doudou lapinou. Un régal pour les yeux !

Nul doute que les interrogations de Sophia rejoindront celles de beaucoup d’enfants, même si je sais que Charlotte ne se posera jamais ce genre de question vu le nombre de nuits qu’elle passe dans notre lit. Au moins elle sait parfaitement que quand elle dort, nous faisons la même chose qu’elle.

Mais que font les parents la nuit ? de Thierry Lenain et Barroux. Little Urban, 2017. 30 pages. 13,50 euros. A partir de 3-4 ans.

vendredi 30 juin 2017

Transsiberian back to black - Andreï Doronine

Etre toxico à Saint-Pétersbourg au milieu des années 90. Pas simple. Pas simple de trouver sa dose, de trouver de l’argent, de gérer le manque. Tous les coups sont permis, toutes les compromissions, les lâchetés et trahisons possibles. Tokha agresse les passants en les frappant par derrière avec des chats congelés par le froid hivernal. Youkla, elle, ramène dans son appartement des pauvres types complètement bourrés croisés en boîte avant de les droguer et de prendre des photos compromettantes afin de les faire chanter. Marin est plus direct, du genre à arracher les boucles d’oreilles de ses victimes en embarquant leur lobe. Le narrateur de ces nouvelles, aussi irréversiblement accro que ses comparses, est le seul à bosser. Il multiplie les petits boulots, dans un théâtre, une télé locale, ou en jouant au « taxi vétérinaire » pour véhiculer les animaux malades de clients aisés. L’argent gagné (ou extorqué) sert à financer les injections quotidiennes d’héroïne et tous s’enfoncent chaque jour davantage, conscients de la chute finale à venir mais incapables de stopper la spirale infernale dans laquelle ils ne cessent de sombrer.

Andreï Doronine raconte sa vie de drogué, sa vie d’avant. Une vie bête et méchante. Une vie pathétique faite de souffrance et de douleur pour quelques instants de plénitude. Une vie passée à abandonner toute dignité, toute hygiène, toute illusion. Une vie de galère, pitoyable, misérable, violente.

L’autobiographie, à peine romancée, est trempée dans une autodérision et un humour noir qui peuvent choquer : « Comment peut-on plaisanter sur les drogues ? C’est horrible, horrible ! ». Doronine a reçu beaucoup de lettres de lecteurs indignés par sa légèreté de ton. Heureusement, il n’en a rien eu à cirer et a continué à tracer le sillon d’une tragi-comédie minable et désespérée, « sans la moindre sentimentalité inutile ». Alors oui, ça pique, et pas seulement parce que l’aiguille s’enfonce dans la veine. Mais il y a dans son écriture une urgence teintée d’ironie qui raconte la déchéance avec une forme de distance évitant le misérabilisme, évitant surtout à l’auteur de s’appesantir sur son sort. C’est cash, trash, sans concession, nihiliste. Les écrivains punks ne sont pas morts. En Russie du moins.

Transsiberian back to black d’Andreï Doronine. La Manufacture des livres, 2017. 170 pages. 16,90 euros.






mercredi 28 juin 2017

Crache trois fois - Davide Reviati

Guido, Grisou, Katango et les autres. Des ados en échec scolaire qui fréquentent le même lycée technique et laissent filer leurs journées entre virées au bar, au billard ou au bord de la rivière accompagnés par l’alcool, la fumette et un avenir à l’horizon bouché. Des gamins fascinés par la mystérieuse Loretta, une tsigane installée avec sa famille dans une ferme abandonnée. Plusieurs époques se croisent, plusieurs destins se nouent pour souligner le difficile passage de l’adolescence vers le monde des adultes.

565 pages en noir blanc. Une bonne dose de concentration et  pas mal de temps devant soi sont nécessaires pour se plonger dans ce roman graphique plein de souffle qui dit l’adolescence dans tout son ennui, son indolence, sa bêtise crasse, ses amitiés indéfectibles, sa violence, ses excès et sa fragilité. Un roman graphique qui vous embarque comme une lame de fond. Un roman graphique auquel il ne faut pas chercher à résister. Se laisser chahuter par ses remous, ses circonvolutions, son rythme fait de ruptures, d’accélérations et d’apaisement. Et ne pas s’étonner de croiser John Wayne, des loups-garous ou un singe qui se rince les couilles dans un verre de bière.

Crache trois fois incite le lecteur au lâcher prise. Le récit est à la fois profond, instructif, poétique et universel. Le racisme ordinaire des campagnes côtoie l’histoire tragique du peuple rom, la virilité affichée cache sous le vernis de la fanfaronnade une vulnérabilité à fleur de peau. Davide Reviati décrit une jeunesse italienne rurale désœuvrée, sans repère, immature, dans un noir blanc souple et hachuré, basculant du réalisme le plus trivial à un onirisme d’une grande poésie. Un album ambitieux et dense qui se mérite, certes, mais laissera au final à ceux ayant accepté de se laisser emporter par sa puissance un inoubliable plaisir de lecture.


Crache trois fois de Davide Reviati. Ici Même éditions, 2017. 568 pages. 34,00 euros.












mardi 27 juin 2017

Quart de frère, quart de sœur - Sophie Adriansen

Ça ne pouvait pas coller entre eux. L’espiègle Viviane, débarquant des Antilles avec son père, son grand frère et son excentricité avait tout pour froisser la susceptibilité d’Arthur, « détenteur du titre d’élève le plus cool de l’école depuis le CP ». Viviane, ses robes à fleurs, ses élastiques colorés dans les cheveux, sa bonne humeur permanente et ses projets pour la classe validés par l’enseignant Mr Tourniquet allaient de toute évidence faire de l’ombre à la « star » de la cour de récré. Une star bien décidée à garder son statut, quitte à se mettre à dos la nouvelle venue.

Ces deux-là n’étaient pas fait pour s’entendre, ces deux-là ne pouvaient même que se détester. Et malheureusement, ils ne pouvaient pas savoir que leurs parents divorcés allaient tomber amoureux l’un de l’autre. Et pire que tout, qu’ils décideraient de s’installer ensemble, faisant d’eux des voisins de chambrée. L’horreur !

Une série pétillante, pleine de fraîcheur et de bonne humeur malgré les chamailleries et les coups bas. Avec une touche d’humour et de légèreté qui donne le sourire, Sophie Adriansen imagine une famille recomposée où la cohabitation entre les enfants s’avère des plus difficiles. Au final, après bien des péripéties et malgré les conflits, chacun finit par se convaincre qu’il est préférable de mettre de l’eau dans son vin pour vivre au mieux sous le même toit.

La narration, alternant les voix de Viviane et d’Arthur, offre une différence de point de vue qui pimente le récit. C’est tonique, enjoué, plein d’allant et les caractères bien trempés des deux enfants réjouiront les jeunes lecteurs qui n’hésiteront pas à prendre position pour l’un ou l’autre. Une pépite jeunesse parfaite pour se détendre les zygomatiques à la veille des vacances.

Quart de frère, quart de sœur T1 : une rivale inattendue de Sophie Adriansen (ill. de Maurèen Poignonec). Slalom, 2017. 100 pages. 9,90 euros. A partir de 8 ans.
Quart de frère, quart de sœur T2 : mon pire anniversaire de Sophie Adriansen (ill. de Maurèen Poignonec). Slalom, 2017. 100 pages. 9,90 euros. A partir de 8 ans.













dimanche 25 juin 2017

Empress - Mark Millar et Stuart Immonen

La préface annonce un récit fortement inspiré de Star Wars. Au moins le décor est planté. Nous voila donc avec « un passé rétrofuturiste, à la fois lointain et exotique ; une héroïne noble et courageuse qui doit retourner chez elle ; des acolytes un peu loufoques qui aident la jeune femme à s’échapper ; et un étrange droïde duquel dépend le destin de la princesse ». Avec en plus aux pinceaux Stuart Immonen, dessinateur de la série Star Wars.

Le pitch est simple : la reine Emporia décide de fuir son tyran de mari, un despote faisant régner la terreur sur toute la galaxie. Aidée de son fidèle garde du corps, elle entraîne ses enfants dans une course éperdue vers sa planète d’origine, où elle pense pouvoir trouver refuge auprès de sa sœur. Mais le roi ne l’entend pas de cette oreille et se lance à ses trousses.

Si on voulait donner un peu d’épaisseur au récit, on pourrait y voir une réflexion sur la famille, une dénonciation du patriarcat, voire une prise de position virulente contre les violences domestiques. Mais on pourrait aussi se contenter de prendre ce one shot pour ce qu’il est de prime abord, à savoir une course poursuite intergalactique pleine de vaisseaux spatiaux et de cascades en tout genre. En réduisant Empress de la sorte on se retrouve avec un comics tout sauf original, multipliant les scènes de combat sur des planètes aux profils et aux populations très différents, l’ensemble étant saupoudré d’une touche d’humour au niveau des dialogues. En gros, rien de neuf sous le soleil, du vu et revu qui n’arrive pas à la cheville du somptueux Saga par exemple, qui décline à peu près les mêmes sujets (fuite, thèmes de la famille, etc.) mais d’une façon bien plus profonde et subtile.

Une variation de Star Wars qui, loin de renouveler le genre, ravira peut-être les fans de Space opera pétaradant où l’action prime sur toute autre considération. Personnellement, il ne m’en restera pas grand-chose d’ici peu, c’est une certitude.

Empress de Mark Millar et Stuart Immonen. Panini Comics 2017. 200 pages. 22,00 euros.





jeudi 22 juin 2017

Sous le ciel de l’Altaï - Juan Li

« Il y aura toujours, en certains endroits, des personnes pour vivre comme si le monde ne devait jamais changer. »

Vivre dans une yourte. Suivre les éleveurs dans leur transhumance, à la frontière de la Chine et du Kazakhstan. Juan Li, sa mère et sa grand-mère ont mené cette existence nomade pendant des années. Couturières et épicières ambulantes, ces commerçantes n’ont pas hésité à se frotter à un environnement hostile très éloigné du leur. Les contraintes climatiques, le mode de vie des autochtones, les journées à l’inéluctable monotonie, les gigantesques steppes herbeuses entourées de montagnes à arpenter, autant d’éléments auxquels il a fallu s’adapter pour trouver sa place dans une communauté en perpétuel mouvement.

Juan Li relate son quotidien : les rigueurs de l’hiver, les rencontres, les animaux, les infrastructures quasi inexistantes (banque ou poste), les ravages de l’alcool, la typologie bien plus diversifiée qu’il n’y paraît de sa clientèle. Elle raconte aussi sa brève histoire d’amour avec un camionneur, la difficulté à s’occuper d’une grand-mère vieillissante et le comportement imprévisible de sa mère. Au final, elle dresse un tableau ni cauchemardesque ni idyllique, malgré l’isolement, l’ennui et les obstacles pour faire prospérer le commerce familial, malgré les longues balades dans une nature sauvage à la beauté éblouissante et les petits moments de bonheur quotidiens.

Recueil de courts textes louant le silence, la lenteur et l’immensité d’un univers où l’homme se sent minuscule, Sous le ciel de l’Altaï est une autobiographie pleine de sensibilité qui souligne la rudesse d’une existence loin de la folie et des vicissitudes du monde moderne. Dépaysant, instructif et très touchant.

Sous le ciel de l’Altaï de Juan Li. Picquier, 2017. 170 pages. 18,00 euros.




mardi 20 juin 2017

Lectures d'été...

Alors, on lit quoi cet été ? Franchement, je n’ai pas envie de vous conseiller la moindre lecture. D’une part parce qu’il est de notoriété publique que mes goûts sont plus que douteux. D’autre part parce que tout le monde est assez grand, il me semble, pour choisir ses livres de vacances sans qu’on lui souffle un titre au creux de l’oreille. Par contre, je peux vous dire ce que j’ai prévu  de lire de mon côté. Une information d’importance somme toute relative j’en conviens, mais qui intéressera peut-être quelques curieux.

Donc pour moi dans les semaines à venir il devrait y avoir :


Les pavés de l'été



Après Confiteor l’an dernier, je sais d’avance que le pavé de l’été 2017 ne pourra pas être à la hauteur. Du coup, et même si la quantité ne remplacera jamais la qualité, j’ai choisi deux pavés, un roman et une BD. Le Goncourt de Lemaitre dans sa jolie édition de poche patiente sur mes étagères depuis trop longtemps et le premier tome de l’intégrale du comics Strangers in Paradise (plus de 600 pages), que beaucoup considèrent comme le chef d’œuvre du génialissime Terry Moore, me fait très, très, très envie.


La rentrée littéraire en avance




J’ai la chance de faire partie cette année du cercle des lecteurs du Furet du nord. Dans ce cadre, j’ai reçu 4 romans de la rentrée littéraire à venir. Je n’ai pas le droit de vous donner les titres mais sachez que pour l’instant j’en ai lu deux, un roman américain pas folichon de Gallmeister et une histoire d’éléphant rose qui m’a beaucoup plu. Il me reste un premier roman français dont la teneur historique ne m’emballe que très moyennement et un auteur français archi-connu que je n’ai encore jamais fréquenté (pour info, il y a Kennedy dans le titre…).


Le plein de BD




L’été rime toujours pour moi avec BD. C’est l’occasion de se poser dans le jardin sur un transat avec un album et un verre de rosé bien frais à portée de main pour rattraper le retard accumulé pendant le reste de l’année. Je vais donc me gaver, en commençant par dévorer les albums offerts par les copines (elles se reconnaîtront).



Autre objectif, la lecture de l’adaptation du Cid par le mythique dessinateur espagnol Antonio Hernandez Palacios. Une adaptation datant des années 70 et publiée pour la première fois dans son intégralité il y a quelques semaines.


Les oubliés de l’année passée



Comme d’habitude j’ai eu les yeux plus gros que le ventre et il me reste une douzaine de titres de la rentrée 2016. Cet été sera l’occasion de me pencher sur le cas de certains d’entre eux, à commencer par le premier roman de Gilles Marchand que plusieurs lectrices enthousiastes me recommandent avec insistance.



Voilà, le menu est copieux, certaines de ces envies de lectures resteront comme toujours à l’état d’intentions non concrétisées et nul doute que bien d’autres titres viendront se greffer entre deux mais je peux au moins me satisfaire d’avoir un semblant de programme, on va dire que c’est rassurant. 






dimanche 18 juin 2017

Les lectures de Charlotte (38) : Anna et Nougat - Kate Berube

Tous les jours après l’école, le papa d’Anna vient la chercher à l’arrêt de bus. Tous les jours après l’école, la chienne Nougat vient chercher Violette à l’arrêt de bus. Tous les jours après l’école, la maîtresse de Nougat propose à Anna de la caresser et tous les jours Anna répond « Non merci ». Jusqu’au jour où Violette annonce que Nougat a disparu. Chacun se lance alors à sa recherche. A la nuit tombée, aucune du trace du chien. Assise sur les marches de sa maison, Anna entend un drôle de bruit venant des buissons juste à côté d’elle…

Un album pour aider à dédramatiser la peur des animaux. Les dessins sont très doux, l’histoire, basée sur l’entraide, montre qu’il est parfois nécessaire de dépasser ses craintes quand la situation l’exige. C’est mignon comme tout, plein de bons sentiments, et ça fait un bien fou. Un livre pour enfants qui se conclut par un tendre câlin ne peut de toute façon qu’être hautement recommandable. Anna et Nougat est notre lecture du soir en ce moment et va à l’évidence devenir une valeur sûre de la bibliothèque de Charlotte. J’avoue que ce n’est pas pour me déplaire.




Anna et Nougat de Kate Berube. Albin Michel Jeunesse, 2017. 36 pages. 11,90 euros. A partir de 3 ans.







vendredi 16 juin 2017

Le cœur sauvage - Robin MacArthur

« Non, je ne déteste pas cet endroit ; je déteste ce qui m’arrive quand je m’y trouve. Je déteste l’attirance qu’il exerce sur moi. Le fait qu’il ne conduise nulle part ailleurs qu’à lui-même. »

Onze nouvelles qui mettent en scène des hommes et des femmes vivant en vase clos dans le Vermont, à la frontière de la civilisation et du monde sauvage. Des femmes surtout. Des filles qui aspirent à quitter cette terre natale où l’avenir ne leur réserve rien de bon, des mères depuis longtemps résignées, la plupart esseulées, dépressives et forçant sur la bouteille. On vit dans des cabanes au bord de la rivière, dans un mobile home au fond du jardin, dans une ferme aux murs branlants. Quelques légumes dans le potager, une chaise sous un arbre, la bière fraîche à portée de main. On se permet une sortie au bar, une virée en voiture le samedi soir. Rien de plus. A quoi bon de toute façon.

Des nouvelles à la première personne dominées par la solitude et la perte des illusions. C’est magnifique parce que très pudique, sans les excès de drogue ou de violence que l’on retrouve dans la plupart des ouvrages mettant en scène cette Amérique rurale pauvre, blanche et en perdition. Dans ces contrées isolées on survit sans se plaindre, on préfère le silence aux vociférations. L’écriture va à l’essentiel, mélancolique et ténue, gardant à distance les descriptions lyriques d’une nature foisonnante ou les analyses psychologiques aussi barbantes qu’inutiles.

J’ai aimé ces personnages qui touchent en plein cœur par leur vie simple, leur lucidité, leur chagrin à fleur de peau. Avec ce premier recueil de nouvelles, Robin MacArthur transforme le coup d’essai en coup de maître.

Le cœur sauvage de Robin MacArthur (traduit de l’anglais par France Camus-Pichon). Albin Michel, 2017. 220 pages. 19,00 euros.











mercredi 14 juin 2017

Marshall Bass T1 : Black & white - Darko Macan et Igor Kordey

Arizona, 1875. Premier noir devenu shérif de l’US Marshals Service, River Bass est chargé par le colonel Terrence B. Helena d’infiltrer un gang d’esclaves affranchis braqueurs de banques dirigé par l’énigmatique Milord... Pas grand-chose à ajouter pour résumer sans trop en dire ce western des plus convenus dont le scénario est aussi épais qu’une feuille de papier à cigarette. Un western qui vaut surtout pour son ambiance poisseuse et cradingue, sa violence brute et ses scènes d’action au découpage d’une redoutable précision.

Premier tome d’un diptyque inspiré de la véritable histoire du premier shérif noir des États-Unis, cet album ne joue selon moi pas assez sur le statut pour le moins particulier de son héros. Comme ne sont pas assez creusées les motivations « politiques » de ce gang d’esclaves simplement présentés comme d’incontrôlables barbares sans foi ni loi obéissant aveuglément à leur chef blanc.

En fait, j’ai eu la désagréable impression de survoler les choses, de me contenter d’enchaîner les situations de tension, d’humiliation ou de cruauté jusqu’à un bain de sang final que j’avais vu venir de loin. Un western qui brille donc davantage par son efficacité que par son originalité. C’est sans doute le but recherché, et il faut dans ce cas reconnaître que la mission est accomplie. Quoi qu'il en soit, un titre à réserver aux amateurs du genre appréciant les ambiances crépusculaires et les décors typiques de l’Ouest sauvage. Pour les autres, la lecture est dispensable...

Marshall Bass T1 : Black & white de Darko Macan et Igor Kordey. Delcourt, 2017. 56 pages. 14,95 euros.

PS : petit coup de gueule contre le résumé de la quatrième de couv qui spoile les trois quarts du scénario. En gros, si vous lisez ce résumé, il ne vous que reste douze pages à parcourir pour connaître le fin mot de l’histoire. Franchement, c’est abusé comme diraient mes filles !