vendredi 10 février 2017

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi - Fuminori Nakamura

« Kiharazaka Yûdai. Trente-cinq ans. Accusé du meurtre de deux femmes, condamné à la peine capitale en première instance. » Photographe spécialisé dans les clichés artistiques, Kiharazaka  a immolé deux de ses modèles. Pourquoi l’a-t-il fait ? Un journaliste le rencontre en prison et essaie de comprendre les motivations qui l’ont poussé à agir. Ce faisant, il met le doigt dans un engrenage aussi toxique que sulfureux qui va l’amener aux frontières de la folie et de la mort.

Le malaise, présent dès le départ, ne fait que s’accentuer au fil des pages. Tout le monde est bizarre dans ce roman, tout le monde agit de façon étrange et fait froid dans le dos. Le photographe serial killer, sa sœur, le créateur de poupées géantes, l’avocat rancunier, le journaliste aux motivations pas très claires… pas un pour rattraper l’autre. Il y a quelque chose de machiavélique dans ce récit, un piège infernal dont on décortique chaque phase avec minutie pour nous prouver que rien n’a été laissé au hasard. Glaçant !

Après, soyons honnête (pour une fois), je n’ai pas tout compris. Et même (c’est encore pire), je n’ai pas eu envie de tout comprendre. Je m’explique. Le mécanisme narratif se déploie sur une partition sans fausse note. Il y a un basculement dans le dernier tiers du roman qui change totalement la vision que l’on se faisait de l’intrigue. Mais les explications données, certes précises, m’ont perdu en route. Je n’arrivais plus à attribuer à chaque personnage son rôle et son statut (frère, sœur, victime, amant, avocat, journaliste, etc.), je me suis égaré dans la succession de documents fournis pour expliquer le pourquoi du comment (lettres, tweets, notes, journal intime…), ayant même du mal à identifier clairement qui était en train de s’exprimer. En gros j’ai joué au lecteur paresseux alors que le texte demandait une attention de tous les instants. Et forcément je suis passé à côté.

Je plaide donc coupable, mais je me dis aussi que si j’ai lu ce roman par-dessus la jambe, c’est parce qu’il n’a pas su me mettre le grappin dessus. C’est du 50-50 en gros. Je n’ai pas fait l’effort mais il n’a rien mis en œuvre pour me motiver et me pousser à faire cet effort. C’est dommage parce que Fuminori Nakamura m’avait séduit avec son texte précédent (Revolver) et je me faisais une joie de le retrouver. Pas grave, ce n’est qu’un rendez-vous manqué. Et promis, je serai encore là pour le prochain roman (en espérant être plus actif et concerné qu’avec celui-ci).

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura. Éditions Philippe Picquier, 2017. 180 pages. 17,50 euros.












32 commentaires:

  1. Peut-être un problème de traduction, aussi ?
    Quoi qu'il en soit, je t'accorde le bénéfice du doute ;-)

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    1. Pour ce qui est de la traduction, ça ne m'a pas choqué.

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  2. Tu sembles trop mitigé pour me pousser à la tentation...

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  3. Le titre est très beau ! Après, clairement, ce n'est pas mon genre de lectures...

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  4. Je ne suis pas trop tentée... j'avoue que je n'aime pas les romans dont une partie est faite de documents divers. J'aime bien qu'on me raconte des histoires, pas qu'on me fourre un tas de papiers entre les mains, en me laissant me débrouiller avec ! ;-)

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  5. J'avais également beaucoup apprécié son précédent 'Revolver'. Je crois que rien que pour ça, je me laisserai tenter par celui-ci... en souhaitant rentrer plus dans l'histoire, même glaçante qui me fait de l'oeil pour sa froideur, son étrangeté et sa violence...

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  6. alors, tu n'es pas toujours parfaitement attentif toi? tss tss ttsss :)

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    1. Malheureusement non, je plaide coupable^^

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  7. Tu es allé jusqu'au bout, c'est déjà ça.

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  8. Je vais zapper sans regrets... Je lis trop peu de littérature japonaise pour prendre le risque avec ce roman là...

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    1. Je te trouverais mieux pour t'initier à cette littérature si tu veux ;)

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  9. Et bien , je ne suis guère tentée du coup ! Peut-être lire le précédent alors ? Parce que j'aime bien la littérature japonaise !

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    1. Il a aussi écrit "Pickpocket" qui a l'air très bien.

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  10. Hahaha j'adore comment tu analyses ton expérience de lecture peu concluante. Bon, je suis fan de litté japonaise mais je ne me jette pas sur tout non plus. Certains romans, je ne les sens pas, et là, tel que tu décris cette lecture, j'en suis au stade nez bouché.:-)

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    1. Je me doutais que j'aurais du mal à te convaincre.

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  11. Héhé j'aime bien les histoires complexes encore faut-il que l'auteur nous balise un peu le chemin 😄

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    1. On n'est pas totalement perdu non plus avec cette histoire.

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  12. J'aime bien ton principe des torts partagés. Je passe.

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    1. Il faut assumer sa part de responsabilité ;)

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  13. j'avais lu "le picpocket" j'avais aimé, celui-ci m'intrigue ! je fais confiance à Picquier, c'est noté pour moi !

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    1. C'est un éditeur que j'aime beaucoup moi aussi.

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  14. Encore un roman décalé et labyrinthique que j'ai envie de découvrir ^^ merci à toi !

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