mercredi 15 février 2017

Proies faciles - Miguelanxo Prado

Ça commence par un corps retrouvé dans un appartement. Aucune trace de violence, on pense à une crise cardiaque ou un suicide. Le lendemain, une femme s’écroule en se rendant dans les toilettes d’un café. Puis c’est un joggeur qui casse sa pipe en plein effort, un homme mort en sortant de la douche dans son club de sport, une autre femme dans un salon de coiffure… Après analyse, on découvre que toutes les victimes ont été empoisonnées. Leur point commun ? Elles travaillaient pour des banques impliquées dans la crise financière ayant ruiné des millions d’Espagnols. Suffisant pour que la police privilégie la thèse d’une sombre vengeance et se lance sur les traces d’un serial killer…

« Un polar social » annonce la quatrième de couverture. Il y a de ça, évidemment. Mais c’est aussi un plaidoyer très politique et très anticapitaliste, une prise de position engagée et assumée contre les banques et plus généralement les financiers qui s’enrichissent sur le dos du petit peuple. Après, le déroulement de l’enquête importe moins que les motivations qui ont poussé le(s) coupable(s) à agir. D'ailleurs j’ai beaucoup aimé les échanges entre l’inspectrice de police et le « cerveau » des meurtres, les arguments qu’ils s’opposent, leurs visions de la justice et du « système » avec, en arrière-plan, des questionnements autour de l’éthique, la décence, la dignité et la responsabilité.

Loin de l’esthétique léchée et des couleurs expressives d’Ardalén, Miguelanxo Prado donne ici dans la sobriété avec un trait un peu austère et des cadrages sans fioriture, comme s’il voulait éviter au lecteur de se disperser pour qu’il se concentre sur l’intrigue et rien que sur l’intrigue. Le pari est réussi, surtout quand on sait que le dessinateur a travaillé sur cet album à la peinture acrylique, uniquement avec du noir et blanc sur un papier de couleur grise. Pour le coup, le résultat est assez bluffant.

Proies faciles, c’est les vieux fourneaux version hardcore, l’humour en moins parce qu’il n’y a vraiment pas de quoi rire de cette tragédie. Le propos est sans équivoque, le parti pris ne laisse place à aucune ambiguïté sans pour autant sombrer dans la caricature. Un exercice d’équilibriste en tout point réussi.

Proies faciles de Miguelanxo Prado. Rue de Sèvres, 2017. 96 pages. 18,00 euros.


Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Mo.














17 commentaires:

  1. Oui, c'est clair, net et précis. Ça me rabiboche avec Prado parce qu'Ardelen...
    Il n'y avait pas tellement de seniors dans les personnages de Bd mais ces dernières années, on commence à les voir davantage. En tout cas ici, j'ai bien aimé la manière dont l'intrigue était développée, comment les protagonistes se rencontrent et comment chaque élément vient sans cesse donner de la cohérence à l'ensemble

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  2. (Mo tu m'inquiètes, Ardelen est sur ma PAL)J'aime ton arguments des "Vieux fourneaux hardcore" mais si l'humour est moins au RDV c'est dommage. Le cynisme et l'humour noir grinçants auraient pu y trouver leur place non?
    Un récit qui me tente malgré un sujet qui ne m'attire pas au premier abord... A voir.

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  3. Un style que je ne connais pas en BD, mais pourquoi pas.

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  4. Ayant très envie de dévorer, je me laisserais bien tenter ...

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  5. ça me botte ! Et ça va botter mon poilu :-p Je note !
    Merci pour cette lecture commune qui dépote !
    (ouais suis très en forme !)

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  6. Je butte bêtement sur le graphisme, parce que pour le reste, il a tout pour me plaire cet album je pense...

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  7. pas trop partante , je suis très exigeante pour les BD et très vieux jeu aussi

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  8. Je ne lis pas beaucoup de BD mais tu me tentes avec celle-ci !!

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  9. Je pense que je ne serais pas naturellement allée vers cette BD mais après lecture de ton billet, je me dis que ça a l'air bien.

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  10. J'avais bien aimé Ardalén et le sujet me plaît : je te suivrai volontiers.

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  11. j'avais moi aussi passé un très bon moment avec cette BD et son réalisme !

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  12. Comme je le disais chez Mo' je ne suis pas fan du dessin mais pourquoi pas si le la croise à la bib.

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  13. Le côté engagé m'incite à vouloir découvrir cette BD. Les auteurs qui se mouillent, c'est ce que j'aime dans le polar même si j'en lis peu.

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  14. J'en entend parler de partout de cette BD mais je ne sais pas encore quoi en penser... J'hésite encore en somment...

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  15. Ohlala, banques, financiers, crise, ça me bloque un peu comme thématique, haha ! Mais bon, visiblement le traitement général vaut le détour. Graphiquement, l'album a en tout cas l'air superbe !

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  16. Ton billet confirme d'autres avis. Une lecture qui me tente énormément.

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  17. J'aime bien le graphisme en noir et blanc, en sépia encore plus. Je crois comme toi que certains illustrateurs l'utilisent justement pour que le lecteur ne perde pas de vue les fondements de son histoire.. Il a l'air très bien...

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