mardi 11 avril 2017

Le groupe - Jean-Philippe Blondel

C’est la prof de philo qui a eu l’idée : un atelier d’écriture au sein du lycée encadré par son collègue Mr Roussel, qui a la double casquette d’enseignant et d’écrivain. Sur la base du volontariat, une heure par semaine pendant six mois. Résultat, dix élèves de terminale et deux adultes pour se plier à divers exercices où chacun va pouvoir mettre à l’œuvre son imaginaire. Les consignes sont précises, les contraintes plus ou moins légères, les règles clairement définies : pas de jugement, pas de critiques négatives ni de conseils. Après une légitime hésitation, voire une certaine appréhension, chacun se lance, se livre, et les barrières tombent, révélant des personnalités aussi riches que complexes, loin des apparences derrière lesquelles on se cache dans la vie de tous les jours.

Je ne vais pas vous raconter ma vie mais j’ai eu la chance, il y a une quinzaine d’années, d’encadrer des ateliers d’écriture avec un écrivain. Je l’accompagnais dans les classes, j’aidais les différents groupes à formaliser leurs textes, je participais aux restitutions et aux corrections. Nous avions volontairement choisi des publics compliqués, des élèves de collège en grande difficulté, des classes relais, des SEGPA, des EREA, des handicapés mentaux et des déficients intellectuels qui n'étaient pas en mesure d’écrire et avec lesquels nous utilisions le procédé de la dictée à l’adulte. Pour être honnête, il ne se passait parfois pas grand-chose, tout dépendait du groupe qui était face à nous, de la bonne volonté de chacun, de notre capacité à proposer des exercices « motivants ». Mais l’écrivain qui menait les débats maîtrisait l’exercice à la perfection, sa gentillesse, sa bienveillance, son autorité naturelle, sa légitimé indiscutable et son implication totale et sans faille dans chaque atelier ont toujours permis d’aboutir à un résultat au pire satisfaisant, au mieux totalement bluffant. J’ai vu des moments de grâce, des grands gaillards rebelles pleurant en lisant leur texte à voix haute devant leurs camarades, prêts à casser la figure au premier qui se fouterait d’eux. J’ai vu des profs sceptiques au départ  retournés comme des gants au bout de quelques semaines. Ça reste les meilleurs moments de ma vie professionnelle et j’ai pris un réel plaisir à la lecture de ce roman de Jean-Philippe Blondel qui sent le vécu à plein nez et m’a rappelé bien des souvenirs.

Ils sont touchants ces lycéens. Et loin de toute caricature. L’atelier d’écriture va engendrer une émotion non feinte, une plongée dans leur intimité, dans le tumulte d’une adolescence où l’on ne cesse de se poser des questions, tant sur le présent que sur l’avenir. Ils sont si différents les uns des autres et en même temps tellement à l’écoute les uns des autres. L’acte d’écrire devient un lien solide qui les unis, il sonne comme une révélation permettant de livrer des secrets, de confier des sentiments jamais partagés, sans retenu mais avec dignité.

Un roman jeunesse qui dit le pouvoir de l’écriture, la force de cette mise à nu qui pousse  à se dévoiler sans tricher. L’ensemble est maîtrisé de bout en bout, j’ai aimé cette conclusion abrupte, limite frustrante, qui correspond parfaitement à ce que peut être la fin d’une telle aventure. Une fois encore, Jean-Philippe Blondel sonne juste, terriblement juste. Un de ses meilleurs textes, dans une bibliographie qui, de toute façon, ne souffrait déjà d’aucune fausse note. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Le groupe de Jean-Philippe Blondel. Actes sud junior, 2017. 128 pages. 13,00 euros. A partir de 13-14 ans.


Une pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi ou presque avec ma chère Noukette.












18 commentaires:

  1. Je crois au pouvoir de l'écrit, au fait que l'acte peut aider une personne. Alors je plongerai avec bonheur dans ce livre :-)

    RépondreSupprimer
  2. Un très beau texte, que je viens de lire et chroniquer également. J'ai vraiment été secoué par ces élèves, si touchants...

    RépondreSupprimer
  3. Qu'est-ce que j'ai aimé ce roman ! Lu d'une traite et je crois que je le relirai un jour, chose assez rare pour être soulignée !

    RépondreSupprimer
  4. Tu donnes envie là, je me demandais (après avoir lu le billet de noukette, si ce roman trouverait un écho dans ton expérience :-) merci d'avoir partagé.

    RépondreSupprimer
  5. Uhhhh la pépite koa ! Je note pour mon grand et moi ;-)
    mille bises jeune homme

    RépondreSupprimer
  6. je le note immédiatement j'aime beaucoup cet auteur merci à vous deux

    RépondreSupprimer
  7. Je l'ai lu deux fois en quelques jours. Une vraie pépite que l'on referme avec le sourire aux lèvres et une furieuse envie d'écrire.
    J'ai eu l'occasion moi aussi de participer à un atelier d'écriture avec un écrivain et des élèves. J'en garde un souvenir formidable.

    RépondreSupprimer
  8. Une lecture qui t'a rappelé des souvenirs !

    RépondreSupprimer
  9. J'aime énormément cet auteur parce qu'il sonne toujours "juste ". Je n'ai lu que 3 romans "adultes " mais celui-ci me parle ! Je le lirai c'est sûr !☺️��

    RépondreSupprimer
  10. Je le note pour le conseiller au documentaliste de mon établissement. Merci.

    RépondreSupprimer
  11. Un sujet certainement intéressant et comme j'aime bien l'auteur...

    RépondreSupprimer
  12. Je lis peu de littérature jeunesse mais je note les pépites.

    RépondreSupprimer
  13. Je n'ai toujours pas lu Blondel mais si je devais en lire un, ce serait celui-ci. Ton billet est très convaincant et puis la thématique me parle énormément (sans compter que ça me ferait enfin un livre jeunesse sur mon blog, depuis le temps...).

    RépondreSupprimer
  14. "Un de ses meilleurs textes" ? Bon bah, je note :-) Mais peut-être pas pour mes collégiens, si l'histoire se passe dans un lycée, ça pourrait leur paraitre un peu ardu ... Merci pour ce joli billet ...

    RépondreSupprimer
  15. Mon ado de fille n'étudie pas encore la philo, mais écrit un roman... Je note donc celui-ci qui devrait lui plaire autant qu'à moi !

    RépondreSupprimer
  16. Merci d'avoir partagé cette expérience unique. Les mots sont libérateurs, ils ont un pouvoir incroyable sur l'expression de la personnalité. Touchant...
    Bisous

    RépondreSupprimer
  17. Et hop, un de plus sur ma liste ! J'ai eu la chance de participer ado à des ateliers d'écriture avec un écrivain qui se rendait dans les prisons pour en animer, un grand souvenir.

    RépondreSupprimer

Je modère les commentaires pour vous éviter les captcha pénibles de Google. Je ne filtre rien pour autant, tous les commentaires sans exception seront validés au plus vite, promis !