mardi 18 avril 2017

Rage - Orianne Charpentier

« Parfois on croit qu’on est vivant mais on est déjà mort à l’intérieur ».

Son amie Artémis l’a surnommée Rage. Le prénom d’avant, celui de l’enfance, elle veut l’oublier. A son arrivée en France, les psychiatres l’ont interrogée. « Elle voulait bien parler du voyage, des  privations, de l’épuisement, des frontières. Elle voulait bien évoquer la peur sur le bateau, la mer sans fin, les barbelés. Mais elle refusait d’évoquer l’avant ». L’avant c’est un pays en guerre, la fuite avec ses parents, la capture par ses bourreaux, l’évasion. Son rejet absolu des hommes ne changera plus jamais, elle en est persuadée. Recroquevillée dans une carapace hermétiquement fermée, le corps « verrouillé comme une prison », Rage n’espère plus rien. De la vie. Des autres.

Alors quand Artémis la traîne à une fête organisée par des copains, Rage panique. En essayant de s’échapper par le jardin de la maison où a lieu la soirée, elle tombe sur un pitbull à l’agonie. La bête a été maltraitée, sans doute utilisée pour des combats, et son propriétaire la cherche. Dans les yeux du chien, Rage voit sa propre détresse. Sauver la peau de l’animal pour se sauver soi-même devient son seul et unique objectif…

Le texte est ramassé sur lui-même, dépouillé à l’extrême. La voix intérieure de Rage résonne puissamment, loin de tout apitoiement. Pas la peine d’en dire trop sur le parcours de la jeune fille, pas la peine de rentrer dans des descriptions répugnantes, les mots simples suggèrent l’innommable avec  force. Pudeur et sobriété, style sec et rythmé font affleurer par couches successives une histoire douloureuse, sans excès d’émotion et encore moins de bons sentiments.

Un magnifique roman jeunesse où tout se joue l’espace d’une nuit, jusqu’au moment où l’aube chasse l’obscurité et où un nouveau jour se lève, au moment où une jeune femme au destin brisé constate avec stupéfaction et émerveillement qu’elle est de nouveau capable de conjuguer au futur.

Rage d’Orianne Charpentier. Gallimard jeunesse, 2017. 104 pages. 7,00 euros. A partir de 13-14 ans.


Une pépite jeunesse que j'ai comme toujours le plaisir de partager avec Noukette.






11 commentaires:

  1. C'est une auteure jeunesse que j'apprécie vraiment. J'ai tout particulièrement aimé La vie au bout des doigts.

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  2. difficile de faire lire ce texte à des jeunes non?

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  3. Et encore un ! Arrêtez donc de découvrir des romans jeunesse de qualité, on ne suit plus !

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  4. J'aime, je note c'est exactement ce qu'il me faut là tout de suite ;-)
    merci les copains

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  5. Ça a l'air bien dur encore comme thématique côté litté jeunesse. Les jeunes ne peuvent donc plus se contenter du club des 5 et Alice ? Haha !

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  6. A réserver aux grands ados mais punaise oui, elle claque cette pépite là !

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  7. Je note pour dans...
    non...
    je ne sais pas comment m'y prendre en fait. Trop tot pour mon loulou mais lorsque le moment sera venu, j'aurai oublié le titre. Alors je note. J'irai lire les premières pages et je verrai. Mais j'ai plutôt tendance à vous faire confiance. et puis après tout, il y a déjà des romans jeunesse qui sont ici en attendant que mes petits lecteurs aient la curiosité/l'âge/l'envie d'y fourrer le nez. Alors un de plus... :)

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  8. Je vous fais confiance avec les pépites jeunesses, mais ce texte ne me parle pas de prime abord...

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  9. Un sujet grave... Ce que tu dis du livre est très beau. Je ne sais pas néanmoins si je sauterai le pas car j'ai du mal en ce moment avec les textes un peu trop sombres.

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  10. Bon là c'est sûr il faut que je me le procure !

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  11. Oh comme ça a l'air bien ça oui. Ton billet donne vraiment envie. :)

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