vendredi 12 janvier 2018

Prière pour ceux qui ne sont rien - Jerry Wilson

« La plupart de mes personnages survivent un jour après l’autre, se soûlent la gueule, rigolent beaucoup et meurent autour de la cinquantaine. Des douzaines de personnes que j’ai rencontrées pendant les années où j’étais employé par le département des parcs municipaux, seulement une poignée est encore en vie. Et pas pour longtemps. »

Jerry Wilson a travaillé dans les parcs et réserves naturelles de Boise, Idaho. Ses journées consistaient à ramasser les détritus, à dissoudre le vomi et les excréments et à nettoyer les taches les plus abominables que l’on puisse imaginer. Éboueur au grand cœur, il a découvert une faune interlope avec laquelle il a beaucoup discuté, écoutant les jérémiades de fanfarons avinés, recueillant les confidences touchantes d’éclopés de la vie ou supportant les plaintes véhémentes de vieux clodos ayant perdu la boule.

Ses nouvelles, directement inspirées de son expérience, mettent en scène son double Swiveller, employé municipal arpentant les espaces naturels un sac poubelle à la main et allant à la rencontre des clochards. Sans jugement, les textes présentent des SDF cabossés à la langue bien pendue qui  n’hésitent pas à plaisanter et ne s’appesantissent pas sur leur sort. Bien sûr l’environnement décrit fait froid dans le dos, entre beuveries, hygiène déplorable et santé mentale fragile, mais on ne tombe jamais dans le sordide. Par ailleurs la violence, omniprésente, ne s’exprime jamais directement, même si on en découvre les stigmates lorsque Swiveller  croise des gueules abîmées après une nuit de bagarre lors de sa tournée matinale.

Un recueil cru et sans concession, d’un réalisme quasi documentaire. Au-delà des situations tragiques, les histoires débordent d’humanité et laissent transparaître une sincère bienveillance à l’égard de cette population à la marge dont personne ne semble se soucier. L’écriture est simple, sèche, très orale. Les dialogues font mouche et on prend plaisir à retrouver certains personnages d’une nouvelle à l’autre. Pour ceux qui connaissent, la prose de Jerry Wilson m’a rappelé celle du regretté Dan Fante, le fils de John (et si vous ne connaissez pas je ne peux que vous recommander chaudement la lecture de l’excellent « Les anges n’ont rien dans les poches »). A la fois drôle, tendre et désespérée, cette prière pour ceux qui ne sont rien signe la prometteuse entrée en littérature d’un prolo des lettres américaines dont l’univers ne pouvait que me plaire.

Prière pour ceux qui ne sont rien de Jerry Wilson. Le serpent à plumes, 2018. 170 pages. 18,00 euros.












20 commentaires:

  1. Voilà un ouvrage qui me tente bien ! Merci pour la découverte monsieur !

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    1. Tout pareil que ma copine ;-)

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  2. La référence à Fante me plaît bien (même si je préfère le père que le fils...), donc je note !

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  3. Oui ça a l'air sympa! J'aime bien le titre et la couverture :)

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  4. Je dis oui ! Et même si les nouvelles me frustrent souvent...

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  5. Je me disais quand est-ce qu'il va le lire ? j'avais reçu la présentation par mail en fin d'année, et j'avais immédiatement pensé à toi :-)

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  6. Ah là là Jerome il me le faut ce recueil tu comprends ? Il a l’air excellent !!

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  7. Merci pour tous ces conseils de lecture.

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  8. Rien que le titre, ça fait envie ! Ajouté à ce que tu en dis... vendu !

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  9. Tu as vraiment le chic pour dégoter ces livres qui parlent des écorchés !

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  10. Très beau billet qui ne pouvait que faire mouche ! Je suis très tentée. Bien noté (encore un...).

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  11. Tu imagines bien: direct dans ma liste d'envie!

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  12. voilà qui titille ma curiosité !

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  13. J'adore le titre et je pense que, malgré le fait que ce soit un recueil de nouvelles, ça pourrait bien me plaire pour la thématique ! C'est le côté "humanité" là où on l'ignore qui m'intéresse.

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  14. Belle découverte. Je ne suis pas très "nouvelle", mais pourquoi pas, le thème est très intéressant

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  15. Tu ne lis pas des choses foncièrement gaies en ce moment mais là j'avoue que ça pourrait me plaire. Je ne lis pas assez de nouvelles à mon goût, et si celles ci sont bonnes...! ;-)

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  16. Contrairement à Gambadou ; je suis de plus en plus nouvelles. Je prends !

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  17. Déjà que ce bouquin me faisait de l'œil mais si tu cites Dan Fante alors, je ne peux que foncer ! ;-)

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