jeudi 4 janvier 2018

Un jardin de sable - Earl Thompson

Ce monumental pavé retrace les quatorze premières années de Jacky, un gamin né dans une famille pauvre du Kansas. Son père meurt alors qu’il n’est qu’un nourrisson, sa mère le laisse aux soins de ses grands-parents qui peinent à joindre les deux bouts après la perte de leur ferme. L’enfant, en changeant constamment d’adresse, découvre la vie rude de ceux qui n’ont rien, de ceux qui naviguent à vue en enchaînant les petits boulots sans se demander de quoi demain sera fait. Quand sa maman vient le rechercher après s’être mariée à un pauvre crétin sortant de tôle, Jacky croit, du haut de ses cinq ans, que tout va enfin rentrer dans l’ordre. Évidemment il se trompe. A un point qu’il ne peut pas imaginer.

Attention, livre culte. Ce jardin de sable est plein de putes, de camés, d’alcoolos, de voleurs et d’arnaqueurs. Il transpire la misère et le désespoir à chaque page, proposant une errance dans l’Amérique des années 30-40 où, pour une partie de la population, le quotidien n’était qu’une galère sans fin. Claques miteux, estomacs vides, fringues en lambeaux, nuits glacées entre quatre murs sans chauffage, on souffre en silence, on se serre les coudes et on profite de la moindre occasion pour se faire quelques dollars, peu importent les moyens employés.

Pas question de se méprendre, il n’y a rien d’héroïque chez Jacky et les siens. Mère immature, beau-père aussi fanfaron que fainéant, grands-parents qui l’élèvent en le considérant davantage comme un fardeau que comme un cadeau, le gamin aura constamment vécu dans l’instabilité la plus totale, tant financière qu’affective.

830 pages et pas de longueurs à craindre. Du moins tant qu’on aime les atmosphères poisseuses, le sexe cradingue, les personnages qui ne cessent de lutter et de se résigner, qui remontent la pente avant de la descendre aussi sec pour revenir au point de départ. Du moins tant qu’on n’est pas effrayé par le langage fleuri, les scènes d’inceste, le soupçon de zoophilie et la violence domestique.

Un roman fleuve qui fit scandale au moment de sa sortie en 1970. Un roman qui prend aux tripes et montre la vie des exclus dans une Amérique peinant à se remettre de la grande dépression. Sans chichi ni fioriture, sans jugement, en exposant une réalité crue, brutale, dérangeante, malsaine. Tout ce que j’aime dans la littérature américaine en somme, de Steinbeck à Fante, de Selby à Bukowski.

Voilà, c’est fait. J’ai pris ma première très grosse claque de l’année. J’en viens même à me demander si je vais trouver une lecture plus marquante dans les 361 jours qui restent avant de la terminer.

Un jardin de sable d’Earl Thompson (traduit de l'américain par Jean-Charles Khalifa). Monsieur Toussaint Louverture, 2018. 830 pages. 24,50 euros.

















28 commentaires:

  1. Un roman que je pourrais aimer !

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  2. Non mais comment veux-tu qu'on résiste ?!
    J'aime ce genre d'atmosphère et le fait qu'il ait fait scandale me titille!

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  3. Plus de 800 pages sordides et poisseuses ? Je pourrais bien me laisser tenter, mais c'est vrai qu'après ce genre de bouquin...

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  4. Tu fais fort pour commencer l'année... je crains que ce ne soit trop poisseux pour moi, après cela dépend beaucoup de l'écriture...

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    1. Le style est magnifique et puissant, tout de poésie et de dynamite. Une force du livre que le traducteur a su rendre à merveille. (signé Le représentant de Monsieur Toussaint Louverture, pas forcément de confiance, mais férocement objectif.)

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  5. Tu commences avec du lourd, du très lourd.
    Ce roman était pour toi !

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  6. Comme Kathel ! Peut-être un peu trop pour moi.

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  7. Suis très tentée, j'adore ce genre d'univers, mais je vais attendre un peu quand même, j'ai déjà plusieurs pavés sur ma table de nuit !

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  8. Un peu trop lourd en ce début d’année pour moi ... merci de ta participation ;) j’espère que mon com va passer ...

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  9. Après avoir lu ton billet, je te confirme que La Gana est dans le même esprit mais décrit les bas-fond parisien plutôt qu'américain. Pavé de 950 pages, style cru et malgré tout très beau, point de vue interne d'un gamin de 10 ans qui grandit au cours du récit, mère malade qui s'épuise au taf, père en retrait trime à l'usine, oncle fainéant à charge de la famille, grand-mère sage, autre grand-mère prostituée... le tout dans les caves d'un immeuble bobo où monte l'eau quand la Seine sort de son lit... Si tu es d'attaque pour enchainer un deuxième bouquin sur le sujet, je te le recommande !

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  10. Inutile de te dire que je l'avais repéré sur le site de Monsieur Toussaint Louverture ! Je sens que je vais me régaler !!!

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  11. J'ai bien vu : 830 pages ? Mais que t'arrive-t-il ?

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  12. Peut-être pour plus tard, je n'ai pas du tout envie de ce genre d'ambiance pour le moment.

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  13. Repéré, tu t'en doutes bien.
    Tu enfonces le clou.
    Je viens de trouver mon pavé pour les vacances d'été!

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  14. La vache ce billet !
    Je note (bien que les 800 pages et des brouettes me font un peu peur !)

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  15. Oh oh oooh ! À la lecture de ton billet, je ne peux que craquer pour ce roman ! Et ça tombe bien car La Fée Lit me l'a offert pour mon anniversaire ! Youpie !!
    Et j'en profite pour te souhaiter une très belle année 2018 entouré de toutes tes femmes, tes élèves et tes livres <3

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  16. Les éditions Toussaint Louverture offre souvent de très belles lectures

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  17. En voyant la couverture, je me suis dit que ça devait être Toussaint Louverture. Ce que tu en dis ne me tente pas trop mais c'est dur de mettre la barre si haut en tout début d'année!

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  18. ah ah ! j'attendais ton billet, le voilà enfin ;-)
    moi ce qui m'épate, c'est que notre Jérôme lit des pavés maintenant ... ! comme quoi on peut changer à tout âge ;-)

    "Du moins tant qu’on n’est pas effrayé par le langage fleuri, les scènes d’inceste, le soupçon de zoophilie et la violence domestique" - ou comment faire peur aux autres.. en attendant, il me le faut !

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  19. Ah oui, complètement pour toi ce roman ! Tu aurais dû te le garder pour une lecture à mi-année, la barre est haute en effet pour tes prochaines lectures.;-)

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  20. Ah oui, ça semble étonnant et particulier. Mais un coup de coeur comme ça... je ne vais pas passer à côté!

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  21. tout à fait ton genre de roman non ? Je me garde l'idée pour le challenge "pavé de l'été" !

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  22. Voilà qui me tente beaucoup... J'aime Steinbeck, Fante et Buckowski (pas lu Selby), alors ça pourrait me plaire ! Je vais juste attendre qu'il fasse beau, histoire de ne pas sombrer dans la déprime...

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  23. Tu pars bien défaitiste en ce début d'année, je trouve.

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  24. 830 p ? C'est l'Everest pour moi ! Mais je te crois sur parole si tu dis que c'est un chef-d’œuvre...! Il va être difficile de rivaliser avec ce titre visiblement...!

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  25. Rien qu'à la couverture, je craque! (même si je ne suis pas adepte des gros pavés!)

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  26. Décidément, tout ce que j'aime ! Je vais attendre d'avoir un peu de temps à moi pour me plonger avidement dans ce pavé.

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