mardi 24 avril 2018

Le journal de Gurty T4 : Printemps de chien - Bertrand Santini

Le premier chapitre annonce la couleur : un voyage en avion, une crotte de chien qui roule entre les sièges des passagers et finit sa course en première classe, voila des vacances de printemps qui s’annoncent palpitantes pour Gurty ! Il sera aussi question dans ce nouveau volume de bouse de vache, de problèmes gastriques, de pipi dans des pistolets à eau, d’allergies aux résultats surprenants ou encore d’un arbre centenaire à protéger.

Chaque jour est une aventure dans le monde de Gurty. Elle s’invite à une fête d’anniversaire où elle n’est pas la bienvenue, elle affronte ses ennemis jurés le chat Tête de fesses et l’écureuil sournois, elle subit la bêtise crasse des enfants du voisin et les moqueries des grenouilles avec une bonne humeur à toute épreuve, secondée comme il se doit par sa fidèle amie Fleur dont les déboires entrainent souvent des catastrophes en chaîne.

Rien de nouveau sous le soleil, le journal de cette petite bête pleine de poils déride toujours autant les zygomatiques. Comme d’habitude on frôle l’absurde, les dialogues ne volent pas bien haut, les gags ne sont pas du meilleur goût et les humains et les animaux ne brillent pas par leur intelligence. Et comme d’habitude on se prend au jeu et on dévore ces tranches de vie animalières avec un plaisir non dissimulé.

Je me répète (voir mes billets sur les tomes 1, 2 et 3) mais cette série est parfaite pour les enfants qui n’aiment pas lire car elle leur prouve que cette activité peut être un vrai moment de plaisir, sans autre enjeu que celui de divertir. D’ailleurs le cercle des fans de Gurty ne cesse de s’agrandir, c’est bien la preuve que cette petite chienne possède des atouts pour plaire à tous les lecteurs, petits ou grands.

Le journal de Gurty T4 : Printemps de chien de Bertrand Santini. Sarbacane, 2018. 176 pages. 9,90 euros. A partir de 8 ans.




Une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Noukette.







vendredi 20 avril 2018

L’Archipel du Chien de Philippe Claudel

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. »

Une île volcanique sinistre, un vase clos, des habitants repliés sur eux-mêmes.  Trois corps de migrants retrouvés sur la plage un matin. Le maire décide d’étouffer l’affaire, les cadavres vont disparaître sans laisser de traces. Du moins dans un premier temps. Car leur ombre va planer sur l’île et semer la désolation…

Rien de tel que Claudel pour me remettre en selle (ça rime en plus !). Un écrivain, un vrai, exigeant, littéraire, habité. Aux frontières de la parabole, de la fable, du théâtre et du thriller, il montre la bassesse, la lâcheté, la cruauté d’une humanité prête à toutes les forfaitures pour préserver ses petits privilèges.

L’entreprise était louable mais j’ai vite déchanté. Tout  est trop simple, trop linéaire, trop prévisible. Le maire est un salaud corrompu, le curé fait comme si de rien n’était, le médecin devient complice malgré lui et le pseudo-flic est brutal et alcoolo. Seul l’instit, phare de lumière humaniste dans ce monde de sombres ordures est un être pur, ce qui lui vaudra, cela va de soi, de finir en victime honteusement sacrifiée.

Fable oblige, la morale vient nous rappeler que chacun doit un jour payer pour ses crimes (sérieusement ?????). La conclusion est à l’image du reste. Simple, prédictible, binaire. Pas d’aspérité, pas d’entre-deux, le monde est tout noir ou tout blanc, les nuances de gris ne font pas parties de cette tragédie volcanique.

Une déception donc, une de plus. Au suivant…

L’Archipel du Chien de Philippe Claudel. Stock, 2018. 280 pages. 19,50 euros.












mercredi 18 avril 2018

Petite balade et grande muraille - Maïté Verjux

Pour moi, dans un carnet de voyage dessiné la mayonnaise prend ou ne prend pas en fonction de deux critères. D’abord le ton, la posture et l’état d’esprit de celui ou celle qui raconte son périple. Ensuite sa capacité à capturer et restituer l’atmosphère de ce qu’il ou elle a vécu. Maïté Verjux a su réunir ces deux critères en y ajoutant une pincée d’absurde qui épice à merveille son récit.

Son diplôme de graphisme en poche, la jeune femme décide de partir en Chine sur un coup de tête, en janvier 2016. Trois mois à Pékin en colocation alors qu’elle ne connaît absolument rien du pays et ne parle pas du tout la langue. Au bout d’un mois et d’une adaptation compliquée à son nouvel environnement, Maïté est rejointe par son amie Florie. Avec cette dernière le séjour se passe dans de meilleures conditions et les visites s’enchaînent, de la Cité interdite à la grande muraille, de Shangaï au tombeau des empereurs Qings. 

Loin du carnet de bord au jour le jour, cette balade chinoise se présente comme une succession de tranches de vie plus ou moins marquantes, plus ou moins anecdotiques : l’arrivée dans un appartement surpeuplé où la promiscuité n’est pas un vain mot, la pollution omniprésente, les arnaques sur les sites touristiques, la nourriture parfois difficilement identifiable, la surpopulation, le fait que la femme occidentale est une curiosité plus photographiée que les monuments historiques ou encore la célébration du nouvel an à Pékin, intense moment de ferveur collective.

Maïté Verjux ne cache rien de ses déboires, de ses déceptions, de sa naïveté, de ses erreurs. Elle le fait avec sincérité et une bonne dose d’autodérision, avec lucidité mais sans aigreur. Trois mois à l’autre bout du monde qu’elle voit au moment de son retour en France comme une parenthèse loin de la vie réelle qui restera forcément inoubliable.

Un roman graphique (et autobiographique) vif et joyeux qui n’a rien du guide touristique mais joue plutôt sur la corde du ressenti personnel, loin de toute vision universelle et caricaturale d’un pays dont il n’est de toute façon pas évident de saisir la complexité en quelques semaines. Une parenthèse rondement menée, instructive à sa façon, légère et savoureuse.

Petite balade et grande muraille de Maïté Verjux. Les éditions Fei, 2018. 184 pages. 19,00 euros.




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mardi 17 avril 2018

Boom - Julien Dufresne-Lamy

Étienne tente de faire le deuil de Timothée, le deuil impossible de son meilleur ami. « Tu es parti avec ma tranquillité. Je ne dors plus, je vis mal, mes nuits sont bruyantes et mes journées deviennent de longs tunnels silencieux. »

Ils s’étaient rencontrés trois ans plus tôt. Trois ans dans le même lycée, trois ans à tout partager. Une amitié fusionnelle. Timothée le bon élève, le bien éduqué. Étienne la grande gueule, le fêtard, le dilettante. Il aura fallu un voyage scolaire à Londres, une voiture folle sur le pont de Westminster et une jeunesse fauchée en quelques secondes pour que leurs chemins se séparent. A jamais.

Étienne s’en veut, il culpabilise de ne pas avoir été là au moment du drame. Son monologue s’adresse à l’ami disparu, il évoque les bons souvenirs, les moments inoubliables et ceux qu’ils ne pourront plus partager. L’absence est trop béante pour envisager une possible reconstruction, pour aller de l’avant, pour imaginer l’avenir.

D’une seule voix, comme une longue lettre à l’absent. C’est à la fois construit et décousu, hésitant et plein de certitudes. Étienne ne s’adresse pas à d’éventuels lecteurs, c’est à Timothée qu’il parle. Il oscille entre colère et confidences, tristesse et culpabilité.

Un texte touchant, pudique, qui ne fait qu’effleurer les causes de la mort pour se focaliser sur ses conséquences, sur cette blessure impossible à refermer. Le ton est juste, la douleur s’exprime sans débordements lacrymaux inutiles. Les mots se suffisent à eux-mêmes, l’amitié est si sincère qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Une confession sur un fil, fragile, avec les mots simples et directs d’un ado confronté à une tragédie qui le dépasse.

Boom de Julien Dufresne-Lamy. Actes Sud junior, 2018. 112 pages. 9,80 euros. A partir de 15 ans.





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mercredi 11 avril 2018

Gramercy Park - Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux

1954. Madeleine s’occupe de ses ruches sur un toit de New-York. Dans l’immeuble d’en face un gangster profite de son luxueux appartement, entouré de ses nombreux gardes du corps. Chacun s’épie, chacun semble se connaître. Madeleine observe Monsieur Day, qui lui-même scrute ses moindres faits et gestes. Un jeu du chat et de la souris pas si innocent, le mystère liant ces deux personnages se démêlant au fil des pages, de flash-back en révélations, de course poursuite en rêverie sous les étoiles.

Encore une lecture fade… J’étais pourtant impatient de découvrir les premiers pas de scénariste de Timothée de Fombelle, un auteur jeunesse que j’adore. Avec en plus l’excellent Christian Cailleaux aux pinceaux, la promesse d’une BD alléchante à souhait avait de quoi me mettre l’eau à la bouche. Mais au final une fois encore je me suis ennuyé.

Un mafieux, une danseuse et des abeilles, trois ingrédients qui auraient pu faire un cocktail savoureux. Mais je suis resté en retrait de cette sombre histoire de vengeance aux accents romantico-mélancoliques, observateur sans doute pas suffisamment attentif, pas franchement concerné non plus. Le problème doit venir de moi parce que le récit se trame avec beaucoup de finesse et le dessin illustre à merveille la narration aussi complexe qu’ambitieuse d’un Timothée de Fombelle qui n’hésite pas à prendre des risques pour ses débuts en bande dessinée, comme il l’a toujours fait dans ses romans jeunesse d’ailleurs. La problématique de la consolation, au cœur de l’histoire, est bien amenée et pousse à la réflexion mais cela n’a pas été suffisant pour je me laisse séduire.

Je relirai cet album quand je me trouverai dans de meilleures dispositions pour l’apprécier à sa juste valeur. Parce qu’il est clair que si je suis passé à côté, c’est uniquement de ma faute.

Gramercy Park de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux. Gallimard BD, 2018. 98 pages. 20,00 euros.





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vendredi 6 avril 2018

Lecture(s) en pointillé

J’avais senti le coup venir en annonçant en janvier après avoir terminé le fabuleux Jardin de sable d’Earl Thompson que j’aurais du mal à trouver mieux au cours de l’année, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. Parce que depuis, je rame sévère. Pas une panne de lecture à proprement parler mais un enchaînement de lectures au mieux moyennes, au pire décevantes. Le problème c’est que je tombe sur beaucoup de livres dans lesquels je m’ennuie, beaucoup de livres que je commence et que je laisse traîner pour en attaquer un autre qui au final ne me passionne guère davantage. Bref je suis au creux de la vague et je ne vois rien venir qui pourrait m’en sortir.


En 2018 les lectures emballantes peuvent se compter sur les doigts d’une main puisqu’à part Un jardin de sable il n’y a que LaRose de Louise Erdrich qui m’a totalement séduit. Après, j’ai aimé L’infinie patience des oiseaux, Paris-Venise ou Homo-sapienne mais pas non plus au point de grimper aux rideaux.


Quand un coup de mou se fait sentir j’ai l’habitude de me tourner vers des valeurs sûres pour remettre la machine en marche. J’ai donc tenté la littérature islandaise (grosse déception) et je me suis plongé avec impatience dans le dernier Teulé (une catastrophe). Je suis parti confiant à l'idée de retrouver l'univers écorché vif de Richard Krawiek (bien trop mélo), j’ai essayé l’écriture impressionniste de Jacqueline Woodson (anecdotique), un témoignage sur le cirque américain des années 30 intéressant mais inégal et la plume acide d’un Sylvain Prudhomme à ses débuts (pas mauvais mais manquant un peu de consistance).



Aux grands maux les grands remèdes, j’ai acheté le dernier Claudel persuadé qu’il soulèverait mon enthousiasme. J’en suis à la moitié, ça se lit très facilement, trop facilement peut-être, et même si au final je devrais beaucoup aimer on sera loin du coup de cœur. J’ai mis de côté un autre roman islandais qui avait des arguments massifs pour me séduire mais qui, à l’usage, se révèle d’un ennui (presque) mortel et j’ai attaqué le second roman de Julien Syrac parce que j’avais beaucoup aimé son premier et que je m’attendais à ce qu’il transforme l’essai mais ce n’est pas vraiment le cas.



Je me dis que le problème vient de moi, que je suis en ce moment avec les livres comme ces gens dont le palais ne perçoit plus aucun goût et qui trouvent tout ce qu’ils mangent affreusement fade. Je ne pense pas qu’il y ait une solution miracle mais je vais peut-être retourner vers mes fondamentaux, la littérature américaine et les (bonnes) nouvelles par exemple. Parmi les titres qui m’attendent j’ai aussi le choix entre un auteur italien culte, mon cher Antoine Choplin, la suite d'Au revoir là-haut ou encore des destinations dépaysantes comme le Danemark et le Sénégal.



Ou alors je laisse de côté les titres récents et je fais confiance aux copines qui m’ont offert des livres, certaines depuis très longtemps d'ailleurs.




Bref, je ne peux pas dire que je manque de cartouches. Il me suffit juste de faire le(s) bon(s) choi(x).











mercredi 4 avril 2018

Le goût d’Emma - Kan Takahama, Emmanuelle Maisonneuve, Julia Pavlowitch

« Neuf repas au restaurant par semaine, et chaque nuit dans un hôtel différent. Des journées entières à visiter les établissements référencés par le guide. Inspections à la chaîne. Trente minutes sur place avant de filer vers la prochaine destination. Visites le jour, travail de rédaction la nuit. Être inspectrice, c’est avant tout être increvable… »

Le guide Michelin, Emma en rêve. Devenir une des plumes du guide, passer sa vie à sillonner les routes et à découvrir des établissements renommés ou en devenir, Emma sent qu’elle est faite pour ça. Une candidature spontanée, un poste qui se libère, un test en situation et quelques jours d’attente pour que la nouvelle tombe : Emma est embauchée !

L’album raconte l’histoire vraie d’Emmanuelle Maisonneuve qui est restée pendant quatre ans une des rares inspectrices du célèbre guide. Son expérience fut au départ jonchée de bien plus d’obstacles qu’elle ne l’aurait imaginé. D’abord elle découvre que la charge de travail est phénoménale et que les règles de discrétion sont particulièrement contraignantes. Ensuite, il n’est pas simple pour elle de se faire une place dans un univers très masculin où ses collègues ne voient pas d’un bon œil débarquer parmi eux une jolie jeune femme. Enfin, la réalité du terrain est parfois dure à encaisser, les restaurateurs étant loin de rouler sur l’or, la plupart éprouvant même des difficultés à maintenir leur établissement à flot.


Parce que les novices n’ont pas le droit aux grandes tables, aux palaces et aux étoiles, Emma démarre sa carrière au fin fond du Cantal. Des débuts compliqués qui en auraient découragé plus d’un, mais pas elle. Parce que la cuisine est sa passion, parce qu’elle se sait à sa place dans cette fonction et que sa curiosité culinaire est sans limite, elle s’épanouit malgré les pièges, les erreurs de débutant et les mauvaises surprises.

J’ai tout aimé dans cet album qui, par bien des aspects, m’a rappelé « Le gourmet solitaire » de Taniguchi. Le dessin à l’esthétique très « manga » bien sûr, mais aussi les déambulations de cette gastronome au sacré coup de fourchette toujours partante pour de nouvelles expériences culinaires. J’ai adoré le personnage d’Emma, son ouverture d’esprit, son humilité, sa confiance en elle, sa philosophie de vie et sa capacité à défendre et assumer ses choix face à ses pairs. Et puis la découverte de l’univers extrêmement codifié du guide Michelin « vu de l’intérieur » vaut le détour. Une autobiographie passionnante.

Le goût d’Emma de Kan Takahama, Emmanuelle Maisonneuve et Julia Pavlowitch. Les Arènes BD, 2018. 200 pages. 18,00 euros.   





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mardi 3 avril 2018

La course impitoyable - Guillaume Guéraud

Après la mort de ses parents, Max a été élevé par son grand-père. Dans le garage miteux tenu par ce dernier, le jeune garçon est cantonné au lavage des voitures. Fasciné par le bolide avec lequel son aïeul a remporté le Grand Prix de Miami quarante ans plus tôt, il rêve de se mettre au volant mais du haut de ses onze ans, il sait que son heure n’est pas encore venue. Jusqu’au au jour où un concours de circonstances dramatique le pousse à foncer à tombeau ouvert sur les routes de Floride aux cotés de la petite fille d’un terrible mafieux avec, à ses trousses, un non moins terrible tueur à gages.

Qu’il s’adresse aux grands ados ou aux plus jeunes lecteurs, guillaume Guéraud garde la même ligne de conduite, à savoir ne pas prendre de gants. Dans cette course impitoyable qui porte bien son nom, l’aventure se déroule à fond la caisse et l’action prend le pas sur tout le reste.

Guéraud fait donc du Guéraud. Dialogues enlevés, niveau de langue pas franchement soutenu mais terriblement moderne et vivant, tension qui ne cesse d’aller crescendo, on reconnait d’emblée la plume sans concession de l’auteur du terrifiant Plus de morts que de vivants. Ajoutez quelques coups de feu, quelques morts et quelques litres de sang et vous obtenez une recette épicée en diable qui laisse malheureusement en bouche un petit goût de trop peu (la fin est trop abrupte et c’est bien dommage).

Un roman jeunesse pied au plancher, aussi divertissant que trépidant, où les nerfs des jeunes lecteurs sont mis à rude épreuve. Les amateurs de sensations fortes vont se régaler !

La course impitoyable de Guillaume Guéraud. Thierry Magnier, 2018. 100 pages. 7,40 euros. A partir de 10 ans.


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