dimanche 13 mai 2018

Le hibou dans tous ses états - David Sedaris

Il est marrant David Sedaris. Depuis plus de quarante ans il tient un journal intime. Du moins depuis plus de quarante ans il note au jour le jour les petits riens du quotidien, des choses vécues, d’autres entendues. Célèbre pour ses publications dans le New-Yorker, ses émissions de radio et ses lectures publiques, ce natif de Caroline du Nord a habité en France et possède une maison en Angleterre. Ce recueil regroupe des textes courts, chroniques, nouvelles, appelez-ça comme vous voulez. Certaines sont de pures fictions, d’autres jouent à fond la carte autobiographique.

Mais attention, chez Sedaris l’autofiction n’a rien de la branlette nombriliste ou de la confession pleurnicharde. Quand il revient sur sa jeunesse loin d’être glorieuse, c’est avec une ironie mordante. Qu’il vous parle de sa première coloscopie ou de son dentiste français et vous vous bidonnez toutes les deux lignes. La recherche d’un hibou empaillé pour la Saint-Valentin de son chéri Hugh devient un petit bijou d’absurde, comme le vol de son passeport et sa difficulté à renouveler son statut de résident permanent auprès de l’administration britannique. Son regard caustique n’épargne pas non plus la Chine et sa gastronomie ou encore le manque de civisme des anglais qui transforment leurs campagnes en dépotoirs. La critique, même cinglante, n’est jamais moralisatrice, le coup de griffe se voulant toujours plus cocasse que revendicatif.

Il y a un petit quelque chose d’Etgar Keret chez Sedaris, et c’est loin d’être un reproche, bien au contraire. Même concision, même sens de la formule, même autodérision, même mauvaise foi, même capacité à mettre le doigt sur les points sensibles de sa personnalité avec une forme de détachement qui fait mouche. Tout ce que j’aime.

Je découvre avec ce titre étrange un conteur né qui prend un plaisir évident et communicatif à partager sa vision décalée du monde. Mon seul regret ? Tourner l’ultime page avec la frustration d’un enfant qui réclame en vain une autre histoire alors que sa mère lui a annoncé juste avant que c’était la dernière…

Le hibou dans tous ses états de David Sedaris. L’Olivier, 2018. 250 pages. 22,50 euros.




Ce billet signe ma première participation au
challenge Mai en nouvelles de Marie et Electra





13 commentaires:

  1. Merci ! Super et la comparaison avec l'auteur israélien me dit qu'il faut que je le lise rapidement ! J'avais déjà lu un billet sur ce journal mais là tu m'as convaincue !

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  2. Définitivement remis en selle, on dirait :-))

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  3. En même temps, si on te préviens que c'est la dernière et que tu râles, c'est que tu n'es vraiment pas raisonnable !

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  4. Ah David Sedaris ! Je l'avais découvert il y a 15 ans par là avec "Je parler français" et j'en garde encore un souvenir de lecture "hyène hilare" ! Un régal ! Tiens, je reviendrai peut-être à lui avec ce titre.

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  5. Je suis ravie de ta participation à notre challenge. Et surtout avec un livre qui a toute les chances de me plaire. (Je suis en fait très curieuse d'en savoir plus sur sa première coloscopie!)

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  6. Je ne serais pas allée spontanément vers ce genre de bouquins mais tu as éveillé ma curiosité !

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  7. Je ne connaissais pas cet auteur mais le parallèle avec Etgar Keret me tente pas mal!

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  8. Mais oui, je parler français! Je pourrais récidiver, ça m'avait plu.
    Et je constate que des bouquins comme cela peuvent rentrer dans le challenge nouvelles? Cela m'ouvre des horizons (j'en lis plein!)

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  9. Je ne lis pas facilement ce genre de livre mais tu en parles tellement bien que...

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  10. Ca ressemble à du Keret, mais ce n'est pas du Keret.

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  11. grâce à toi j'ai découvert et adoré Keret alors je n'hésite pas une seconde

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  12. "Mais attention, chez Sedaris l’autofiction n’a rien de la branlette nombriliste ou de la confession pleurnicharde."

    JE T'ADORE.

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