lundi 31 mars 2014

Plume le lutin - Laurence Puidebois et Nicolas Lacombe

Plume est un lutin bienveillant et altruiste. Chaque fois qu’il croise la route d’un animal, il cherche à lui venir en aide grâce à la plume qui orne son chapeau. C’est ainsi qu’il chatouille l’élan pour lui redonner le sourire, qu’il caresse le crapaud en mal de câlin, qu’il permet à l’hermine d’écrire à son amoureuse ou encore qu’il rafraîchit la tortue en lui faisant du vent.

Chaque rencontre s’étale sur deux doubles pages, dans un petit format à l’italienne confortable et simple à manipuler. Une histoire en randonnée classique pleine de bons sentiments, au final assez surprenant.


Mais le charme de cet album tient sans conteste aux incroyables illustrations de Nicolas Lacombe. Je dis incroyables parce que j’ai eu l’occasion de le voir à l’œuvre lors du dernier salon du livre et je n’en suis toujours pas revenu. Pour donner vie à Plume et aux animaux, il n’utilise ni stylo, ni pinceau, ni tablette graphique. Il a juste besoin d’un rouleau de scotch, d’un cutter et de catalogues ou de magazines. Avec ces trois ingrédients, il a réalisé l’ensemble de l’album. J’étais avec Noukette quand nous lui avons demandé un dédicace et il nous a expliqué qu’il était le seul a utilisé ce procédé. Avec le scotch, il prélève la couleur puis découpe la forme souhaitée au cutter et colle le bout de scotch sur la feuille. La trace laissée par ses doigts sur l’adhésif donne un relief particulier à l’œuvre qui prend forme petit à petit. C’est juste bluffant.

Une petite vidéo extraite de son blog :



Plume le lutin de Laurence Puidebois et Nicolas Lacombe. Balivernes, 2014. 30 pages. 9,00 euros. A partir de 4-5 ans.

Une lecture commune que je partage évidemment avec Noukette.




samedi 29 mars 2014

Le tort du soldat - Erri De Luca

Deux narrateurs dans ce court récit de mon écrivain italien préféré. Le premier s’est rendu à Aushwitz et Birkenau 50 ans après la shoah et en est revenu totalement bouleversé. A tel point qu’il a décidé d’apprendre le Yiddish, une langue moribonde : « Le Yiddich a été mon entêtement de colère et de réponse. Une langue n’est pas morte si un seul homme au monde peut encore l’agiter entre son palais et ses dents, la lire, la marmonner, l’accompagner sur un instrument à cordes ». Alors qu’il est en train de travailler à la traduction en italien d’une nouvelle d’Israel Joshua Singer, frère du prix Nobel Isaac Bashevis, son regard croise celui d’une femme et d’un homme, attablés dans le même restaurant que lui. Une fille et son père. Elle sera la narratrice de la seconde partie du récit et expliquera que son père est un criminel de guerre nazi caché depuis des années sous un uniforme de facteur autrichien. Un criminel qui, en voyant dans le même lieu que lui une personne lisant des feuilles couvertes de caractères hébraïques, va se sentir menacé...

Encore et toujours la plume sensible et délicate de De Luca. Elliptique aussi, le texte se présentant sous forme de courts paragraphes, comme autant de petites touches qui composeront le tableau final. Un tableau dont la mémoire et la responsabilité sont à l’évidence les thèmes centraux.

La voix de la jeune femme est d’une justesse bouleversante. Elle raconte son histoire, ce père qu’elle a longtemps cru être son grand-père et avec lequel elle vit depuis toujours. Le vieux nazi n’a qu’un seul regret, celui d’avoir perdu ; « je suis un soldat vaincu, tel est mon crime. Le tort du soldat est la défaite. »  De son coté, elle voit les choses aussi simplement que sincèrement : « Je n’avais rien à voir avec sa vie d’homme caché, je m’étais simplement occupé de lui. »

Mais une telle vie aura forcément influencé sa relation aux hommes : « Je crois avoir été une bonne fille. J’ai pris soin d’un vieux père. J’ai respecté sa vie cachée, je ne l’ai pas dérangé par un mariage. Je n’ai pas été une religieuse, je n’ai pas pratiqué la chasteté. J’ai attendu des hommes les mains qui, enfant, m’allégeaient en me mettant sur un lit d’eau et de doigts. Aucun ne m’a comblée. Ils pénétraient par poussées, plongeaient en moi qui nageais sur le dos sous le lest de leur corps. [...] Aucun garçon, aucun homme n’avait atteint la surface où battent mes palpitations. Ils avaient plongé leurs corps dans mes entrailles, ils m’avaient creusée par leurs étreintes. Mais ma vie était sur ma peau, mon sens majeur était le toucher, qui a son siège partout entre la tête et les pieds. »                           

Un long extrait qui souligne la beauté de la prose de De Luca. Je ne suis pas objectif parce que je suis fan de cet écrivain, tout à fait fan. Mais avouez quand même que sa petite musique laisse en bouche un goût délicieux...

Le tort du soldat d’Erri De Luca. Gallimard, 2014. 90 pages. 11,00 euros.

L’avis de Marilyne




vendredi 28 mars 2014

Bordel - Sophie Bonnet

Un bordel. En suisse. Un truc officiel, dans les règles. Quinze chambres, une vingtaine de filles. Le client fait son choix dans un menu sur lequel sont affichés les prestations et les tarifs. Il paie à l’avance et s’il veut rajouter des prestations par la suite, il peut le faire depuis la chambre.

« Les filles se présentent aux clients plus de douze heures par jour et sortent très peu du salon. La plupart travaillent la nuit. Elles arrivent dans l’après-midi et se préparent lentement. Dès 18 heures, elles sont habillées, coiffées, maquillées, mais beaucoup semblent écrasées de fatigue. Levées depuis quelques heures à peine et pourtant complètement éteintes. Elles attendent, affalées sur les fauteuils en cuir de la salle commune. Les premières sonneries de client vont donner le signal du départ. Le business commence. »

La plupart de ces filles arrivent de France. Elles sont très jeunes, entre 18 et 22 ans. Rares sont celles de plus de 30 ans. Beaucoup sont des maghrébines venant de cités sensibles. Elles sont là 3 ou 4 jours par semaine et rentrent incognito dans leurs familles. Elles peuvent toucher jusqu’à 15 000 euros par mois. « L’impossibilité d’évoquer l’argent gagné et de partager leur réussite matérielle avec leurs proches les pousse à faire disparaître les sommes gagnées. » Bijoux, drogues, fringues, chaussures, sacs à main de luxe, elles claquent tout. Seules quelques unes ont l’intelligence de garder une partie de leur salaire pour des projets concrets comme l’achat d’une voiture ou d’un appartement. Entre elles, c’est au pire une compétition sans pitié, au mieux une cohabitation forcée. Jamais elles ne donnent leur véritable identité et certaines disparaissent du jour au lendemain. Le turnover est important et la « gérante» de la maison clause reçoit chaque jour de nouveaux CV.

Sophie Bonnet, journaliste d’investigation pour l’agence Capa, a enregistré, avec leur accord, les conversations tenues par les filles. Le résultat est effarant, tant les banalités s’enfilent comme des perles. De celle qui se plaint de ne plus avoir de Red bull (une boisson qu’elles ingurgitent à longueur) aux défilés de mode improvisés pour montrer aux copines les derniers achats en date en passant par les chamailleries dignes d’une cour de récré et les réflexions philosophiques à deux balles, on reste au ras des pâquerettes. On a aussi droit à quelques entretiens d’embauche pas piqués des hannetons où les postulantes cochent dans une grille les prestations qu’elles acceptent de faire : « Tu fais la sodomie ? » ; « Tu suces ? » ; « Tu embrasses ? ». « Oui, ils adorent embrasser. Moi ça me dégoûte un peu, mais bon, je le fais quand même parce que aujourd’hui on n’a plus vraiment le choix. En suisse, tu ne peux plus travailler dans un seul salon si t’embrasse pas. De toute façon, tu leurs suces bien la bite, donc embrasser, après tout, c’est moins gênant. »  (perso je ne suis pas certain de ça, mais bon…)

Les filles passent aussi leur temps à dire du mal des clients (ce que je peux comprendre) et les gérants en font autant à propos de leurs "employées" (ce qui est déjà beaucoup plus lamentable). Du glauque, du glauque, du glauque… et une petite nausée qui vous monte au fil des pages. Le gros problème c’est qu’il n’y a rien de passionnant là-dedans, tout sonne creux à part les premiers chapitres expliquant le fonctionnement du bordel, l’origine et la motivation des filles (bon en fait, soyons clair, la motivation c’est l’argent et rien d’autre. Aucune, absolument aucune ne fait ça pour le plaisir. Je précise juste au cas où certains en douteraient encore).

Bref, après ma lecture de « Pornstar », ce « Bordel » confirme une évidence : le commerce du sexe est un milieu en tout point sordide.


Bordel de Sophie Bonnet. Belfond, 2014. 212 pages. 18 euros.


L'avis de Canel


mercredi 26 mars 2014

Clair-obscur dans la vallée de la lune - Mongermont et Alcante

1998. José est guide touristique sur les hauts plateaux chiliens. D’habitude il encadre des groupes mais il se retrouve pour la première fois avec une seule et unique cliente, Joan, jeune femme insouciante et pleine de peps. Cette américaine à la chevelure flamboyante agace José autant qu’elle le trouble. Lui est un homme taciturne, torturé par un passé que l’on sent particulièrement douloureux. Ensemble, José et Joan vont peu à peu s’apprivoiser et les rôles s’inverser, le guide n’étant pas forcément celui que l’on croit.

Une très belle histoire. Je vous arrête tout de suite : non, Joan et José ne vont pas tomber amoureux l’un de l’autre, c’est beaucoup plus fin. Il est torturé par la haine et la vengeance et ne peut se libérer des terribles souvenirs laissés par la dictature de Pinochet. Elle, derrière le sourire et la bonne humeur de façade, porte les stigmates d’un drame personnel effroyable. Leur rencontre aura un effet cathartique et permettra à chacun, enfin, d’imaginer une possible reconstruction.

Si l’album est aussi somptueux, c’est parce que le dessin est à la hauteur du texte. Quels décors, quelle lumière, quelles couleurs ! Il se dégage de l’ensemble une vraie poésie douce-amère, où les silences en disent bien plus que de longs discours.

Un récit sensible qui avance par petites touches et amène de la clarté dans des existences meurtries. Une totale réussite !

Clair-obscur dans la vallée de la lune de Mongermont et Alcante. Dupuis, 2012. 64 pages. 15,50 euros.

Un album offert par Cristina. Je la remercie pour cette gentille attention et pour la pertinence de son choix.

Les avis de Cristina et Yvan.



mardi 25 mars 2014

Un de perdu - Gilles Abier

D’un coté Mélanie, une maman inconsolable depuis la disparition de son fils Clément pendant les fêtes de la ville de Bègles. C’était il y a cinq ans. De l’autre Enzo, un enfant en souffrance, victime d’une terrible forme de maltraitance que j’appellerais « l’indifférence parentale ». Des parents qui selon lui ne le méritent pas, des parents face auxquels il a l’impression d’être de trop. Enzo a douze ans, l’âge qu’aurait Clément. En voyant la photo de ce dernier affichée dans le hall de la gare de Périgueux, il découvre avec surprise qu’il lui ressemble de manière frappante. Je vous laisse imaginer la suite…

Pour tout vous dire, j’ai eu peur, très peur. Peur que tout cela ne tienne pas debout, que les grosses ficelles soient bien trop apparentes. Une impression qui a d’abord eu tendance à se confirmer mais qui, au fil du texte, s’est évaporée. Parce que Gilles Abier tricote son intrigue serrée-serrée, évitant les faux pas. Il vous ballade un peu, il alterne entre la rencontre Mélanie-Enzo et les  jours qui ont précédé. La mayonnaise prend davantage à chaque page et au moment de conclure, alors que l’on pense voir le soufflé retomber, le récit gagne en intensité et la fin est parfaitement trouvée selon moi.

Une thématique forte et un texte dense, voila un petit roman ado qui rentre parfaitement dans le cadre du nouveau rendez-vous que nous souhaitons vous proposer Noukette et moi. Et je peux déjà vous dire que l’on a d’autres cartouches sous le coude pour les semaines à venir…

Un de perdu de Gilles Abier. Sarbacane, 2013. 64 pages. 6,00 euros.

Les avis de Noukette et de Sophie/Hérisson

lundi 24 mars 2014

Mon salon du livre...

Je vais vous la faire courte parce qu'il est impossible de résumer de façon exhaustive une telle journée (et c'est tant mieux). Alors en vrac et en résumé, mon salon a consisté à :



Récupérer sur le stand des éditions du Rouergue un badge que je vais porter à longueur de journée.








Avoir, en compagnie de Stephie et Noukette, une jolie discussion avec Antoine Dole à propos de son dernier roman jeunesse que nous n'avions pas épargné sur nos blogs et qui a pris la chose avec plus ou moins de philosophie (mais aussi beaucoup d'humour, ce qui est le principal).







Trouver chez Gründ un parfait petit livre pour Charlotte et y rencontrer la charmante Caroline.









M'asseoir quelques minutes à coté d'Angela Morelli et repartir avec une bien belle dédicace pour "Jérôme chouchou".









Faire un détour le stand de la région Picardie pour saluer les éditions de la Gouttière et Isabelle de Liroli qui m'a promis de m'amener dans la semaine son nouveau recueil d'Haïkus dédicacé pour pépette n°2.








Dénicher le tout petit stand de Monsieur Toussaint Louverture et échanger avec lui à propos de Mailman et de la collection La belle colère (Dieu me déteste).










être fasciné par le travail de Nicolas Lacombe, le seul illustrateur qui réalise ses albums entièrement au scotch. Il faut le voir pour le croire mais la dédicace ci-contre a été faite uniquement avec du scotch et un cutter.
(Ses albums sont publiés par Balivernes)







Aller comme tous les ans faire un coucou à mon éditeur chouchou et découvrir le regard plein d'esprit et de finesse porté par une attachée de presse sur les blogs et leur "utilité" (Anne-Charlotte, encore merci pour la pertinence et l'intelligence de votre discours).




Passer un moment avec Stephie et recevoir un colis "Mille et un Frasques" qui, comment l'avouer simplement, m'a enchanté à tout point de vue. Et non, je ne vous dirais pas ce qu'il y avait sous ces papiers cadeau mais sachez que :
1) sa réputation de grande prêtresse des premiers mardis coquins n'est pas usurpée.
2) il y avait dans le lot un livre mystère !


Croiser plus ou moins longtemps Aifelle, Laurie et Sophie et constater une fois de plus que les blogueuses sont toutes plus gentilles les unes que les autres.

Et comment ne pas finir ce très court compte rendu sans remercier ma chère Noukette, avec laquelle j'ai arpenté en long et en large les allées du salon et qui a, comme d'habitude, été une partenaire idéale. Pour ne rien gâcher, on a fait ensemble de belles trouvailles et vous pensez bien que l'on va se concocter quelques lectures communes dans les semaines qui viennent.





dimanche 23 mars 2014

Les bonnes gens - Laird Hunt

1911. Ginny est une vieille femme blanche au service de Lucious Wilson depuis des années. Elle se rappelle qu’avant d’arriver dans l’Indiana, elle fut mariée à Linus Lancaster, un petit cousin de sa mère. Un homme qui l’emmena au fin fond du Kentucky, dans une ferme surnommée « le paradis ». Elle s’y installa au début des années 1850 alors qu’elle n’avait que 14 ans. Dans ce « paradis », Linus exploitait sans vergogne des porcs et quelques esclaves, les premiers étant bien mieux traités que les seconds. Parmi eux deux sœurs, Zinnia et Cleome, à peine plus âgées que Ginny. Deux sœurs qui formèrent sa seule compagnie et qui, le jour où le maître alla les rejoindre dans leur lit, devinrent d’abord des ennemis, puis des souffres douleur. Se mettant au diapason de son terrible époux, Ginny se transforma peu à peu en monstre de cruauté. Mais lorsque le règne du tyran s’acheva dans le sang, les esclaves endossèrent les habits du bourreau et les rôles s’inversèrent…

Il se dégage de l’écriture de Laird Hunt une impression de puissance assez exceptionnelle. Une grande maîtrise de la narration aussi. L’enchevêtrement des époques, la sincérité des différentes voix qui s’expriment, la violence, à la fois suggérée et terriblement réelle, tout cela donne un texte aussi riche qu’hypnotisant.

L’inversement des rôles, le passage des victimes en bourreaux, relève quelque part de la métaphysique. La quatrième de couverture parle de « partition sans fin de la redoutable réversibilité du mal » et je crois que c’est exactement de cela qu’il s’agit. La vengeance se fait sans aucun plaisir et sans véritable haine, elle découle simplement d’une forme d’évidence. Une obsession douloureuse à laquelle Zinnia et Cleome ne peuvent se soustraire. Une obsession que finalement Ginny trouve logique. Et le lecteur de plonger avec fascination et dégoût au cœur de l’abomination.

Un roman d’une rare intensité dont on ne ressort pas indemne. Tout ce que j'aime !


Les bonnes gens de Laird Hunt. Actes sud, 2014. 245 pages. 20,80 euros.

Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Valérie.






vendredi 21 mars 2014

Dieu me déteste d’Hollis Seamon

Encore un bouquin sur des gamins cancéreux. A croire que c’est devenu une mode. Perso, ça fait mon troisième après « Nos étoiles contraires » et la BD « Boule à zéro ». Heureusement, à  chaque fois la qualité était au rendez-vous et ce « Dieu me déteste » ne dérogera pas à la règle. C’est pourtant sacrément casse-gueule comme thématique. Si on veut faire pleurer dans les chaumières, rien de plus facile. Mais si on choisit d’être davantage dans la finesse, d’amener un regard décalé sans nier l’aspect dramatique de la situation, les choses se compliquent.

Le narrateur se prénomme Richard, il aura bientôt 18 ans et il est cloîtré dans le service des soins palliatifs de l’hôpital Hilltop, à New York. Quand on rentre aux soins palliatifs, c’est qu’il n’y a plus rien à faire. Trente jours maximum avant de « tirer le rideau ». Richard se sait condamné mais il va ruer dans les brancards. Parce qu’avant d’être un malade en fin de vie, c’est surtout un ado. Un ado qui voudrait profiter au maximum du peu de temps qui lui reste, quitte à foutre un sacré merdier dans un service d’habitude si policé. Pas qu'il soit un perturbateur né, loin de là. C'est juste qu’il ne supporte pas le carcan irrespirable dans lequel on l’enferme. Et puis il voudrait aussi se rapprocher de Sylvie, la patiente de la chambre 302. Sylvie a 15 ans. Une vraie complicité les unit, et un peu plus que ça même. Sylvie, elle est comme lui, elle veut choper tous les jours qui lui restent comme une acharnée. Et ensemble, ils vont tout faire pour mener à bien la mission amoureuse qu’ils rêvent de voir aboutir…

« Dieu me déteste » est la chronique impertinente d’un gamin indocile et pétillant, drôle et lucide. Un gamin qui souffre, et pas qu’un peu, mais je trouve que la maladie n’est pas le sujet principal. Leur vraie guerre, Richard et Sylvie la mènent contre des adultes surprotecteurs et rabat-joie. Parce que même si le corps les lâche, il leur reste suffisamment d’énergie et de vitalité pour chercher à assouvir ce désir qui les titille. Il y a dans leur comportement une sorte d’acharnement, et leur obstination relève d’une urgence bien compréhensible. Mais les obstacles qui se dressent devant eux sont innombrables. Heureusement, ils vont aussi trouver quelques complices bienveillants comme l’oncle Phil, la grand-mère de Richard ou quelques membres du personnel hospitalier. L’intérêt du roman tient d’ailleurs pour beaucoup dans la richesse des personnages secondaires qui gravitent autour de nos tourtereaux.  

Ça peut sembler étrange mais on ressort revigoré d’une telle lecture. Je ne peux pas nier que j'ai eu la gorge serrée par moments mais au final, j'ai trouvé que ces Roméo et Juliette modernes nous offraient une sacrée leçon de vie. Une belle leçon d'optimisme aussi. Et ce n'est pas du luxe par les temps qui courent.


Dieu me déteste d’Hollis Seamon. La belle colère, 2014. 285 pages. 19,00 euros.

Une lecture commune que je partage avec Karine, Liliba, Noukette et Stephie.


Les avis de Clara et La Sardine.





jeudi 20 mars 2014

Mon second livre mystère - ????????

Voila. J’ai reçu et lu mon second livre mystère. Dévoré même. Facile, il était du genre maigrichon. Mais bon, c’est pas la taille qui compte, heureusement. Face la bête, recouverte en bonne et due forme, je me suis senti moins déstabilisé que la première fois. Peut-être parce que je commence à devenir un vieux briscard de l’exercice. Mais surtout,  je n’ai pas eu envie de me poser la moindre question. Juste profiter du plaisir de me lancer dans un livre choisi pour moi par quelqu’un qui me connait très bien. Parce que l’expéditrice n’était pas mystérieuse, elle. Et pour le coup, je n’avais aucune inquiétude, juste la certitude que ça allait me plaire.

L’histoire se passe à Bruxelles. Enfin, les histoires. Deux histoires à priori sans rapport. Celle de Thomas et Marie, des tourtereaux fauchés qui vivent dans un taudis loué par un affreux marchand de sommeil. Marie est très malade, alitée en permanence. Le couple doit partager son appartement avec des jumeaux albanais et deux familles, les Varoum et les d'Anchuso, dans une promiscuité totale. Les temps sont durs, le loyer n’est plus payé depuis des lustres et l’expulsion les guette. En parallèle on suit Serge, un chômeur un peu glandeur qui va perdre son ami Toni dans des circonstances effroyables dès les premières pages. Par la suite, Serge va s’improviser plombier et rencontrer Louise. Une divine surprise à laquelle il n’était à l’évidence pas préparé.

Les  chapitres présentent tour à tour les pérégrinations de Serge et la situation catastrophique de Thomas et Marie. Aucun lien entre ces différents personnages à première vue, jusqu’au moment où l’on comprend que c’est Thomas qui raconte l’histoire de Serge (je ne sais pas si j’explique les choses clairement mais dans le livre, c’est limpide). A partir de là, le roman prend une autre dimension, belle et tragique. C’est parfaitement amené, j’avoue que je n’ai rien vu venir.

Je suppose que l’auteur est belge, pas seulement parce que ça se passe à Bruxelles mais parce que son vocabulaire ne laisse pas planer d’ambiguïté (qui d’autre qu’un belge écrirait « septante » ! ). Je parierais sur un homme car l’écriture me semble très masculine (même si je serais bien incapable de définir précisément ce qu’est une écriture masculine). En tout cas c’est une écriture à la fois orale et travaillée, fluide et imagée comme j’aime.

Le ton est pessimiste sans être désespéré. Il relève plutôt d’une certaine forme de réalisme. Le regard porté sur le monde, les gens, la vie, n’est pas des plus joyeux mais je l’ai trouvé d’une grande lucidité. Surtout, ce roman nous raconte une magnifique histoire d’amour. Pure et forcément triste aussi. Une histoire sans cynisme, d’une sincérité bouleversante. Une histoire qui m'a énormément plu et a essoré mon petit cœur de pierre.

Finalement, c’est ce que j’adore avec les livres mystère. On m’embarque sur un terrain où je ne serais jamais allé moi-même. Bien sûr, je peux me dire que j’ai eu de la chance et que je suis à chaque fois bien tombé. Mais ce serait oublier à quel point les livres qui m’ont été adressé ont été choisis avec soin. Mes expéditrices ne se sont pas trompées et je les remercie pour la pertinence de leur choix. Et si la première souhaitait garder l’anonymat, ce n’est pas le cas de la seconde alors, ma très chère Noukette, permets-moi de t’adresser un grand merci et de te faire une tonne de bisous. Tu m’as en quelque sorte rendu la monnaie de ma pièce, et rien ne pouvait me faire plus plaisir.

En attendant, à l’heure qu’il est, je ne connais toujours pas le titre et l’auteur de ce roman… Je reviendrai lever le voile ce soir.

Edit de 18h00 :


Voila, j'ai déshabillé mon livre mystère. C'était "Quatrième étage" de Nicolas Ancion, un auteur dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Une bien belle découverte ! Noukette, je suis partant pour découvrir d'autres titres de ce belge talentueux, si tu veux m'accompagner ce sera évidemment avec plaisir.






mercredi 19 mars 2014

Mamette T6 : Les papillons - Nob

Mamette fête ses 84 ans. En cadeau elle reçoit un « ordonnateur », une box « internette » et un appareil photo « radioactif ». Sa petite fille, avant de s’expatrier à Londres, vient lui donner des cours d’informatique : transférer les photos, les poster sur son mur… tout ça c’est du chinois pour Mamette. La vieille dame se lance aussi dans le yoga avec ses copines, histoire de se relaxer un peu. Et puis sa mémoire lui joue des tours. Elle oublie des mots, elle ne sait plus où elle range ses affaires. Mamette se doute que quelque chose cloche. Surtout, elle se dit qu’en perdant la mémoire elle risque d’oublier son Jacques !

Un sixième album plus grave que les précédents. Mamette grandit encore, elle sent davantage le poids des ans. Son choupinet de fils s’inquiète de la voir décliner physiquement et moralement. Un album qui, sous couvert de perte d’autonomie, laisse une large place à la nostalgie. Mais entendons-nous, si le propos est plus sérieux, l’humour reste bien présent, tout comme la fraîcheur et la gourmandise qui caractérisent cette adorable grand-mère. Finalement, Nob a trouvé une façon intelligente de se renouveler. Sans rien forcer, en déroulant de nouvelles thématiques avec une parfaite évidence. Et puis la dernière page, magnifique de douceur, remet les choses en perspective et rappelle que cette série reste avant tout un hymne à la vie.

Pourquoi le nier, une fois encore je sors enchanté de ce rendez-vous avec Mamette, cette mamy que, décidément, j’aime d’amour. Oui, j’adore Mamette et Bukowski, c’est le grand écart mais je n’y peux rien, ces deux-là sont un peu mon Yin et mon yang.


Mamette T6 : Les papillons de Nob. Glénat, 2014. 48 pages. 10,00 euros.